jeudi 30 mai 2019

Réflexion sur une vieille expression : « Apostolat des laïcs »

En marge d’une rencontre sur les nouveaux ministères nécessaires dans une Église en sortie, rencontre parrainée par le Conseil communautés et ministères, je partage ma réflexion sur une expression qui semblé passée date au Québec, « Apostolat des laïcs ».

Récemment, je relisais le document du Concile Vatican II consacré à l’apostolat des laïcs, Apostolicam Actuositatem. Publié en 1965, ce document ne semble pas avoir eu beaucoup d’impact dans la conscience ecclésiale au Québec ou ailleurs au Canada. Durant mes années de formation à la prêtrise, j’ai étudié presque tous les autres documents du Concile, mais pas celui-là. Depuis mon ordination, j’ai rarement lu un article ou entendu un conférencier y faire référence. L’expression même — apostolat des laïcs — est presque disparu du vocabulaire chrétien chez nous. Ça m’étonne, car j’ai l’impression que ce texte gagnerait beaucoup à être mieux connu alors que nous cherchons à prendre le tournant missionnaire.

Je me suis demandé pourquoi ce document est resté lettre morte chez nous. Voici mes idées.

Premièrement, avant le Concile — au Québec, certainement — l’engagement de l’Église dans la société était surtout assumée par des congrégations religieuses. Ainsi, des consacrés assuraient les services de santé (hôpitaux et dispensaires), d’éducation (écoles et collèges) et de soins sociaux (orphelinats et hospices). Certains laïcs s’associaient à leurs œuvres, mais c’était, dans la majorité des cas, à titre de coopérateurs plutôt que de responsables. On pourrait presque dire que les champs d’apostolat des laïcs à l’époque étaient comme monopolisé par les religieux. Éventuellement, la Révolution tranquille au Québec à mené à la nationalisation de ces services de sorte que l’État a graduellement assumé la responsabilité de ces diverses institutions. On dirait que tout un pan d’action apostolique ecclésial est disparu avec cette mutation sociale.

Deuxième considération : le document conciliaire reconnaissait dans les mouvements d’Action catholique une manifestation particulièrement vitale de l’apostolat des laïcs. Certains d’entre vous vous souviendrez de la Jeunesse ouvrière catholique ou de la Jeunesse étudiante catholique ou du Mouvement des travailleurs chrétiens. Ils existent toujours, mais ils ne sont que le pâle reflet de ce que le Québec a connu avant 1965. Une crise dans ces mouvements au Canada français a entraîné l’abolition de leurs secrétariats nationaux par l’épiscopat seulement quelques années après la publication d’Apostolicam Actuositatem. Il faut reconnaître que cette décision a porté un coup fatal au mouvements d’apostolat de laïcs chez nous.

Troisième considération : au début des 1970, dans de nombreuses régions du Québec, des religieux, des religieuses et des laïques formés à l’école de l’Action catholique se sont engagés dans des démarches d’analyse sociale axée plus sur la justice que sur la charité. Une vague d’animateurs et d’animatrices de milieu, formés en analyse sociale, en intervention communautaire et dans la doctrine sociale de l’Église, semble avoir connu une apogée dans les 1980 et les 1990. Ces hommes et ces femmes, véritable hérauts/héros d’une Église chrismale, ont fondé nombre d’organismes communautaires qui continuent à œuvrer aujourd’hui. Trois éléments ont contribué à l’érosion de ce pan d’apostolat : le vieillissement des religieux et le manque de relève; la difficulté de financer adéquatement l’engagement de laïcs dans ces domaines; la sécularisation graduelle des organismes fondés à cette époque qui, aujourd’hui, célèbre peu leurs sources chrétiennes.

Quatrième et dernière considération : l’explosion des ministères laïcs dans les divers champs de la pastorale (paroissiale, scolaire, carcérale, hospitalière) a déplacé l’attention des chrétiens et chrétiennes en centrant leur intérêt et leur énergie sur la vie interne des communautés plutôt que sur la mission de l’Église au monde. De nombreuses sessions de formation aux « nouveaux ministères » ont vu le jour dans les diocèses du Québec et du Canada, alors que la notion d’« apostolat des laïcs » semblait mourir à petit feu.

Conséquence : peu de fidèles aujourd’hui sont conscients de leur rôle et de leur responsabilité à l’égard du monde qui les entoure. La dimension chrismale de la vie chrétienne — la mission au monde — a été oubliée au profit de sa dimension baptismale — la vie intra-communautaire.
Mon jugement est-il trop dur? Je vous invite à en discuter, et j’accueillerais bien volontiers de bons échanges à ce sujet. Mais se pourrait-il que la conscience vive de l’urgence d’un apostolat laïc dynamique proposé par le Concile fasse défaut au Québec et au Canada?

L’appel du pape François à la conversion missionnaire serait-elle une invitation à raviver cette conscience et à lui donner des jambes et des mains? Une meilleure compréhension du sens de la confirmation et de la grâce chrismale fournirait- elle une clé de réflexion importante pour ce réveil? Je vous invite à y penser.

jeudi 11 octobre 2018

Synode sur les jeunes IV - Un synode sur l'Église?


Aujourd’hui à Gatineau, fête de la sainte patronne de notre archidiocèse, Marie, Mère de l’Église. Nous en profitons pour lancer un grand processus synodal diocésain intitulé : « Le Christ, nous, nos communautés, nos milieux ».

Une surabondance de travail au bureau et le désir de passer quelques jours de répit avec ma famille durant le long weekend de l’Action de grâce m’ont fait délaisser ma série de commentaires sur le synode des évêques en cours à Rome. Mais je me reprends aujourd’hui avec une réflexion sur le discours inaugural du pape François le premier jour du synode.

Dans mon dernier commentaire, j’ai souligné quelques phrases tirées de ce discours. Avec le vaticaniste italien Alberto Bobbio, je note que ces propos orientent la rencontre des évêques d’une façon assez originale, au point de transformer ce synode sur les jeunes en synode sur l’Église. La question est moins « Comment ramener les jeunes à l’Église? » que « Comment l’Église peut-elle aller vers les jeunes? » Il me semble bien que ce soit cette deuxième question que nous devions nous poser dans nos diocèses et nos paroisses du Québec.

Le pape identifie un problème fondamental : l’Église refuse de se mettre en question et s’étonne qu’elle ne rejoigne pas le monde. Il propose aussi une piste de solution : écouter le monde, non pas pour « se moderniser » ou pour « s’adapter », mais pour savoir lire les signes des temps, découvrir les aspirations profondes des gens et apprendre le langage qui pourra leur révéler que l’Évangile peut être source de joie et d’espérance pour eux.

Le synode des évêques doit donc se transformer d’événement isolé en démarche permanente, marqué par une double circularité. D’abord, il faut passer de l’écoute au discernement à l’action, pour enfin retourner à l’écoute. Simultanément, il faut passer du Peuple de Dieu au collège des évêques à l’évêque de Rome, pour enfin retourner au Peuple de Dieu.

Ces propos s’appliquent bien à notre démarche synodale diocésaine. Je suis heureux que dans la première phase, qui s’ouvre aujourd’hui et s’étendra jusqu’à Noël, nous ayons prévu des rencontres paroissiales où les prêtres et leurs délégués seront invités à écouter les fidèles parler de leur expérience en paroisse; ensuite, j’irai écouter les prêtres et les délégués me dire ce qu’ils ont appris; enfin, à partir de cette réflexion, je relancerai une deuxième étape où nous pourrons ensemble nous arrêter aux défis majeurs qui auront été identifiés dans cette première étape.

Le pape François affirme que le synode des évêques doit être un « modèle » de synodalité pour l’Église entière. Nous essaierons dans notre diocèse d’imiter ce modèle durant les quinze mois que durera notre processus synodal. Priez pour nous!

mercredi 3 octobre 2018

Synode sur les jeunes III - La parole est à François

Aujourd'hui, le pape François a inauguré le synode des évêques sur "Les jeunes, la foi et le discernement des vocations" par la célébration de l'Eucharistie sur la place St-Pierre. Ensuite, il s'est retrouvé dans la salle du synode où il a présenté sa vision dans un remarquable discours d'ouverture. Mon commentaire aujourd'hui se résume à la présentation de quelques phrases tirées de ce discours centré sur la synodalité.


- Le Synode que nous allons vivre est un moment de partage. Je désire donc, au début du parcours de l’Assemblée synodale, vous inviter tous à parler avec courage et franchise, c’est-à-dire en intégrant liberté, vérité et charité. Seul le dialogue peut nous faire grandir.

- Au courage de parler doit correspondre l’humilité de l’écoute…C’est cette écoute qui ouvre l’espace au dialogue.

- Le Synode doit être un exercice de dialogue, d’abord entre ceux qui y participent. Et le premier fruit de ce dialogue est que chacun s’ouvre à la nouveauté, à la modification de sa propre opinion grâce à ce qu’il a entendu des autres.

- Sentons-nous libres d’accueillir et de comprendre les autres et donc, de changer nos convictions et nos positions : c’est un signe de grande maturité humaine et spirituelle.

- Le Synode est un exercice ecclésial de discernement… Le discernement n’est pas un slogan publicitaire, ni une technique d’organisation, ni même une mode de ce pontificat, mais une attitude intérieure qui s’enracine dans un acte de foi.

- Le discernement est la méthode et en même temps l’objectif que nous nous proposons : il se fonde sur la conviction que Dieu est à l’œuvre dans l’histoire du monde, dans les évènements de la vie, dans les personnes que je rencontre et qui me parlent.

- Le discernement a besoin d’espace et de temps. Cette attention à l’intériorité est la clef pour réaliser le chemin de la reconnaissance, de l’interprétation et du choix.

- Ce Synode a l’opportunité, la tâche et le devoir d’être signe de l’Église qui se met vraiment à l’écoute, qui se laisse interpeller par les requêtes de ceux qu’elle rencontre, qui n’a pas toujours une réponse préemballée déjà prête.

- Il faut donc, d’une part, vaincre résolument la plaie du cléricalisme… Celui-ci naît d’une vision élitiste et exclusive de la vocation qui interprète le ministère reçu comme un pouvoir à exercer plutôt que comme un service gratuit et généreux à offrir. Et cela conduit à croire appartenir à un groupe qui possède toute les réponses et qui n’a plus besoin d’écouter et d’apprendre quoique ce soit.

- Le cléricalisme est une perversion et est la racine de nombreux maux dans l’Eglise : nous devons en demander humblement pardon et surtout créer les conditions pour qu’ils ne se répètent pas.

- Que le Synode réveille nos cœurs ! Le présent, y compris celui de l’Eglise, apparaît chargé d’ennuis, de problèmes, de fardeaux. Mais la foi nous dit qu’il est aussi le moment où le Seigneur vient à notre rencontre pour nous aimer et nous appeler à la plénitude de la vie.

lundi 1 octobre 2018

Synode sur les jeunes II - L'importance de l'étape préparatoire


Hier, j’ai évoqué le défi d’une synodalité efficace et ressentie dans l’Église, une synodalité qui permettrait à tous les membres de s’écouter mutuellement afin de discerner ensemble les chemins que nous trace l’Esprit. Évidemment, dans cet exercice de discernement, les évêques et le pape ont un rôle particulier à jouer : celui d’assurer que ce discernement est toujours fidèle à l’Évangile et à la Tradition vivante qui l’interprète et l’actualise au fil des siècles.

C’est dans cette perspective que le pape François vient de renouveler la législation entourant le synode des évêques, ainsi que son règlement (qui a été publié ce matin). Il s’agit vraiment d’un renouvellement dans la continuité : le pape n’a pas tout chambranlé, mais il a ajusté des aspects de la démarche afin de libérer la dynamique d’écoute mutuelle et de discernement collectif qui devrait caractériser tout processus synodal.

Pour ce faire, il a développé plus amplement le cadre entourant la consultation préparatoire au synode. Dans le passé, cette consultation visait d’abord les évêques du monde qu’on invitait à donner leur avis sur le thème retenu. Il s’agissait surtout d’une démarche « épiscopale » qui s’ouvrait en théorie sur une consultation plus vaste, mais qui, concrètement, restait une affaire d’évêques.

Dorénavant, le synode s’insère dans une longue démarche de réflexion, de prise de parole et d’écoute par tout le peuple de Dieu. On en avait une première expérience lors de l’assemblée extraordinaire du synode de 2014 sur le mariage et la famille. Cette fois-ci, la méthode étant un peu plus rodée, la consultation s’est avérée encore plus dynamique et plus riche.

Un questionnaire en ligne a permis à des milliers de jeunes gens de dire ce qu’ils vivent et d’exprimer leur opinion sur l’Église.
  • Dans les diocèses, les évêques se sont mis à l’écoute des jeunes. Moi-même, j’ai participé à une belle rencontre où j’ai pu entendre des étudiants et étudiantes, des jeunes travailleuses et travailleurs partager leurs anxiétés, leurs espérances et leur soif de Dieu.
  • Les évêques du Québec ont organisé un mini-forum de 48 heures avec des jeunes représentant l’ensemble du territoire.
  • À Rome, un grand colloque présynodal a rassemblé des jeunes du monde entier et a permis de mettre au point un document qui inspire largement l’instrument de travail du présent synode.

Les assises qui s’ouvriront mercredi à Rome ne commencent donc pas à zéro. Un immense travail de consultation et de réflexion les a précédées.

De même à l’archidiocèse de Gatineau, le conseil diocésain de pastorale a voulu qu’une vaste consultation nous permette de brosser le portrait de notre réalité paroissiale et communautaire, d’exprimer les espoirs et les craintes qui nous habitent et de proposer les questions fondamentales à étudier. Nous aussi, nous mettrons un questionnaire en ligne (à partir du 11 octobre) afin que chacun, chacune puisse donner son point de vue. Des groupes-témoins seront organisés afin d’entendre la voix de celles et ceux qui risquent de ne pas être entendus. Des rencontres seront organisées dans toutes les paroisses en octobre et en novembre pour recueillir les convictions et les questions de l’ensemble des fidèles.

Synode des évêques à Rome… processus synodal diocésain à Gatineau… autant de signes que l’Église s’ouvre à l’Esprit qui parle dans les communautés et dans le cœur de tous les baptisés.



dimanche 30 septembre 2018

Synode sur les jeunes I - Le défi de la synodalité


Ce mercredi, le pape François présidera à la messe d’ouverture de la quinzième assemblée synodale des évêques depuis la fondation du synode il y a plus de cinquante ans. Le thème de cette assemblée s’intitule « La jeunesse, la foi et de discernement vocationnel ». Elle durera trois semaines et demie, jusqu’au dimanche 28 octobre.

Durant ce temps, j’essaierai de vous partager régulièrement mes réflexions sur cet événement majeur dans la vie de l’Église. Je le ferai en pensant au processus synodal diocésain que j’ai récemment annoncé et qui sera inauguré le jeudi 11 octobre à l’occasion de la fête de Marie, Mère de l’Église, patronne de notre archidiocèse de Gatineau.

Même si le thème du synode des évêques et celui de notre processus synodal diocésain diffèrent sensiblement, la démarche que suivront les évêques peut inspirer la nôtre. À ce sujet, j’attire votre attention à l’effort consacré par le pape François pour rendre le synode des évêques plus… synodal.

Cela peut sembler paradoxal : le synode des évêques n’est-il pas, en raison de sa nature même, synodal? Ne se présente-t-il pas comme l’exemple parfait ce que l’on entend dans l’Église par synode?

De fait, de nombreux évêques qui ont participé aux synodes durant les dernières décennies se sont souvent plaints de la méthode et de l’esprit qui semblait y régner. D’aucuns sentaient que tout était réglé d’avance, qu’on n’avait pas le droit de soulever certaines problématiques ou de proposer certaines solutions. La consultation préparatoire s’avérait assez superficielle et limitée; les documents de travail accumulaient les généralisations et lieux communs.

Déjà avec les deux assemblées synodales sur le mariage de 2014 et 2015, François a changé la donne. La première assemblée, extraordinaire, a rassemblé un plus petit groupe que d’habitude : une centaine d’évêques du monde (les présidents de conférences épiscopales) plus les cardinaux de la curée. Cette première assemblée devait « préparer » la seconde en déblayant le terrain. Elle-même a été précédée d’une vaste consultation du peuple de Dieu, explicitement désirée par le pape. À la première session de cette assemblée extraordinaire, il invita les participants à s’exprimer ouvertement, avec courage et conviction… et à écouter avec humilité et attention. En autres mots, il a voulu libérer la parole des participants.

Durant la deuxième assemblée synodale sur le mariage, nous avons souligné le cinquantième anniversaire de cette institution. (J’ai eu la grâce de participer à ces deux assemblées synodales en tant président de la CÉCC et ensuite à titre de délégué de l’épiscopat canadien.) À cette occasion, le pape François partagea sa vision du synode

Voici quelques phrases-clés de ce discours :

  • Une Église synodale est une Église de l’écoute, avec la conscience qu’écouter « est plus qu’entendre ». C’est une écoute réciproque dans laquelle chacun a quelque chose à apprendre. Le peuple fidèle, le Collège épiscopal, l’Évêque de Rome, chacun à l’écoute des autres; et tous à l’écoute de l’Esprit Saint, l’« Esprit de Vérité » (Jn 14, 17), pour savoir ce qu’il dit aux Églises (Ap 2, 7).
  • Pour le bienheureux Paul VI, le Synode des Évêques devait proposer de nouveau l’image du Concile œcuménique et en refléter l’esprit ainsi que la méthode. Le même Pape exposait que l’organisme synodal « pourra être perfectionné par la suite ». Vingt ans plus tard, saint Jean-Paul II lui faisait écho, en affirmant que « peut-être cet instrument pourra encore être amélioré. Peut-être la responsabilité pastorale collégiale peut-elle s’exprimer dans le Synode encore plus pleinement ». Nous devons avancer sur ce chemin.
  • Le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire.
  • Le "sensus fidei" empêche une séparation rigide entre "Ecclesia docens" et "Ecclesia discens", puisque le Troupeau possède aussi son propre "flair" pour discerner les nouvelles routes que le Seigneur ouvre à l'Église. 

Permettez-moi d’expliquer cette dernière phrase. Le sensus fidei, c’est le flair intuitif des croyants pour ce qui, dans la vie et dans l’histoire, correspond à l’Évangile ou, au contraire, le contredit. Il s’agit d’un flair collectif, partagé par les femmes et les hommes qui suivent Jésus et qui s’ouvrent à son Esprit. Les évêques et les prêtres ne peuvent monopoliser ce flair ou prétendre le dicter : leur rôle est de le discerner, de reconnaître comment l’Esprit parle à l’Église d’aujourd’hui à travers ses membres.

Le pape François affirme que ce sens de la foi, partagé par tous les fidèles, empêche de voir l’Église comme étant composée de deux groupes : un premier (les clercs) chargé de l’enseignement (l’Ecclesia docens) et un second (les laïcs) dont le rôle consiste à écouter et obéir (l’Ecclesia discens). Au contraire, les clercs doivent être à l’écoute de l’Esprit qui parle à l’Église dans la vie des laïcs. Cette conviction entraîne un changement radical dans la façon de discerner la voix de l’Esprit dans l’Église. Ce changement, voulu et encouragé par François et de nombreux évêques, provoque de grandes résistances chez d’autres : d’où l’intérêt de suivre ce nouveau synode, quel qu’en soit le thème.

Dans mon prochain commentaire, j’examinerai comment le pape François a encadré ces principes dans la nouvelle législation pour les synodes d’évêques publiée récemment sous le titre de Episcopalis communio. Je montrerai comment cette nouvelle législation informe déjà cette quinzième assemblée des évêques. Et j’indiquerai comment ses principes inspirent aussi la démarche synodale que nous entreprenons dans notre diocèse.

mardi 28 août 2018

Homélie du 26 août 2018 à l'émission "Le Jour du Seigneur"

21e dimanche du temps ordinaire - Année B
  • Jos 24, 1-2a.15-17.18b
  • Ep 5, 21-32
  • Jn 6, 60-69

Ce n’est pas toujours évident de suivre Jésus dans son Église.

Déjà à l’époque de Jésus, des voix s’élevaient pour contredire son enseignement ou pour l’accuser d’être infidèle aux traditions des anciens. Nous en voyons un exemple dans l’évangile d’aujourd’hui lorsque saint Jean rapporte que ses disciples récriminaient contre lui à cause de son enseignement sur le Pain de Vie et que beaucoup d’entre eux cessèrent de le suivre.

Dans ce contexte, le témoignage de foi de Pierre prend une valeur particulière. Lorsque Jésus lui demande si les Douze veulent aussi partir, Pierre répond en leur nom : « À qui irions-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »

Face aux controverses, aux discussions et aux divisions, Pierre proclame sa foi en la personne de Jésus. Il s’attache à lui, même s’il ne comprend pas toutes ses paroles, même s’il ne saisit pas tous les enjeux de cette fidélité.

Je pense beaucoup à Pierre, ces jours-ci, alors que de nombreuses voix s’élèvent pour décrier les crimes commis au fil des récentes décennies par des prêtres contre des enfants et des jeunes. Aux États-Unis, au Chili et en Irlande, les récentes nouvelles révèlent la dimension effrayante de ce mal pernicieux au sein du clergé et mettent en question la validité même des structures d’autorité dans l’Église. Le manque de transparence et de sagesse de la part de nombreux évêques dans le passé et encore récemment frise dans bien des cas l’insouciance de la loi civile et ecclésiastique, provoquant soit un désir profond de réforme ecclésiale, soit le dégoût, le découragement et enfin le rejet de l’Église.

En un tel moment de crise, je me tourne avec Pierre vers Jésus et lui dit : « À qui irais-je, Seigneur? Tes paroles me font vivre. Je crois que tu es mon Sauveur et mon libérateur. »

Mais il ne suffit pas de renouveler ma foi au Christ et en sa parole. Je veux aussi m’engager pour changer cette situation inacceptable qui fait des victimes non seulement des enfants et des jeunes qui ont été violentés sexuellement par des prêtres, mais aussi de leurs familles et de leurs amis, sans parler de tous les fidèles de bonne volonté qui ne veulent que suivre Jésus et vivre de son Évangile.

Le Pape François, dans la lettre d’excuses qu’il vient d’écrire au Peuple de Dieu, affirme que nous avons tous notre part à jouer dans le redressement de cette situation. Chacun, chacune de nous doit se demander ce qu’il peut faire, en commençant par moi qui suis évêque.

Vous allez peut-être trouver cela drôle, mais je trouve une première inspiration dans la deuxième lecture de ce dimanche; oui dans cette lecture mal-aimée où Saint Paul affirme que les femmes doivent être soumises à leurs maris. Permettez-moi de m’expliquer.

D’abord, je vous ferai remarquer que la phrase de Paul concernant les femmes est précédée d’une autre phrase qui établit le contexte à ne jamais oublier. Il enseigne que les époux doivent être soumis « les uns aux autres ». Il s’agit donc d’une soumission mutuelle et égalitaire. En autres mots, Paul invite les maris autant que les femmes à s’écouter mutuellement, à se traiter également avec respect et attention, à chercher à rendre l’autre heureux. De plus, il invite les hommes à aller encore plus loin dans cette soumission : ils doivent imiter le Christ qui a donné sa vie pour son Église. Comme le Christ, les époux doivent être prêts à se sacrifier complètement pour leurs épouses. Lorsque Paul parle de l’amour, il n’évoque ni le sentiment romantique que chantent nos ballades populaires, ni la passion sexuelle qui hante notre culture contemporaine. Il parle d’un amour inconditionnel et sacrificiel qui se donne jusqu’au bout pour le bien de l’autre. À son époque, ce message était révolutionnaire. Malheureusement, il est toujours d’actualité : en effet, des études récentes révèlent que 30% des femmes du monde subissent toujours la violence aux mains de leurs maris. Oui, le message de Paul aux hommes mérite encore d’être répété, médité et mis en pratique.

Vous vous pourquoi ce message me parle en tant qu’évêque dans le contexte de l’abus sexuel des mineurs par le clergé? Eh bien, comme tous les évêques, je porte un anneau à ma main. Cet anneau me rappelle que je suis marié à mon Église diocésaine, que je dois l’aimer à la manière du Christ. Et cette Église, elle n’est pas une institution à protéger, mais une famille composée de personnes concrètes, certaines d’entre elles plus vulnérables que d’autres. Pour moi, évêque, aimer mon épouse veut dire aller jusqu’au bout dans mon désir de voir s’épanouir les plus petits et les plus pauvres de mon diocèse en leur révélant la compassion et l’amour du Père éternel, en leur ouvrant des espaces d’écoute et d’accueil, quelles que soient leurs blessures, quel que soit leur cheminement.

Peut-être si tous les évêques du passé avaient mis en pratique la leçon de Saint Paul, nous ne connaîtrions pas la situation tragique qui nous confronte aujourd’hui. Mais je ne veux pas me complaire à juger mes prédécesseurs, je veux plutôt répondre à l’appel que Jésus me lance ici et maintenant. Si je crois qu’il a les paroles de vie éternelle, je dois chercher comment manifester sa compassion aux personnes bléssées et vulnérables de mon propre diocèse. Voilà au moins un premier pas à prendre.

Je vous invite tous à répondre à l’appel du Pape François en entreprenant avec moi une réflexion semblable. Ouvrons nos cœurs et nos intelligences à l’Esprit du Christ, ne soyons pas des obstacles à son œuvre de grâce, mais des témoins vivants de foi, d’amour et d’espérance. Que d’autres puissent découvrir, grâce à nous, que Jésus a vraiment les paroles de vie. Telle est mon souhait et ma prière.

mercredi 28 mars 2018

Message pour Pâques 2018

L’intolérance. Voilà le thème qui, selon les experts, a marqué le monde médiatique du Québec en 2017. « C’est venu teinter l’ensemble de l’actualité. Si 2016, pour nous, avait été l’année de la peur qui était le principal vecteur d’intérêt d’une importante proportion de l’actualité, pour nous, l’intolérance est probablement le thème récurrent très important qui a dominé l’actualité chez nous, au Québec, en 2017 », a indiqué en entrevue Jean-François Dumas, président d’Influence communication.

L’intolérance. Elle nourrit les guerres, engendre les persécutions, entretient les rancunes. Elle divise les familles, les communautés et les peuples. Elle heurte, blesse et tue.

Jésus est mort sur la croix, victime d’intolérance. On ne tolérait pas l’intérêt qu’il suscitait, ni le message qu’il annonçait, ni ses gestes qui interpellaient. On aurait pu entamer un dialogue avec lui. On aurait pu chercher à le comprendre. On a préféré le supprimer.

Pourtant, Jésus n’a fermé la porte à personne. Il a dialogué avec des sommités comme Nicodème et avec des quidams comme la Samaritaine. Il visitait les riches comme Zachée et Simon tout en partageant la table des pauvres comme Lazare, Marie et Marthe. Au moment d’être cloué à la croix, il a prié pour que ses tortionnaires soient pardonnés.

« Aimez vos ennemis, » disait-il, « faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous calomnient. À celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue. À celui qui te prend ton manteau, ne refuse pas ta tunique. Donne à quiconque te demande, et à qui prend ton bien, ne le réclame pas. Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux. » (Luc 6, 27-31)

Jésus ne prêchait pas seulement la tolérance, mais l’amour. Il se plaisait non seulement à accueillir l’autre, mais à aller à sa rencontre. Comme le monde serait différent si nous mettions en pratique son enseignement, si nous imitions son exemple.

Dans un monde marqué par l’intolérance et la peur de l’autre, la résurrection de Jésus brille comme un phare qui nous indique un chemin d’ouverture et de confiance. Le Dieu de Jésus-Christ ne fait pas de différence entre nous, il nous accueille tous et toutes comme ses enfants bien-aimés. Vivons donc en frères et sœurs les uns des autres. Et que 2018 soit une année marquée non seulement par la tolérance, mais encore plus par l’accueil, le respect et le dialogue. 

Joyeuses Pâques.

+ Paul-André Durocher