dimanche 23 juin 2013

Ni homme, ni femme...

Lire Galates 3, 26-29

Aux lecteurs et lectrices du vingt-et-unième siècle que nous sommes, ce passage de la lettre aux Galates ressemble étrangement à un article d'une "charte des droits humains", affirmant l'égale dignité de chaque personne devant la loi, quelle que soit "la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l'âge ou les déficiences mentales ou physiques" (pour reprendre le langage de la charte canadienne des droits et libertés). Je doute qu'une telle lecture corresponde tout à fait à ce que Paul essayait de dire à son époque. Par contre, il y a sans doute des liens entre ce texte et la reconnaissance des droits humains au vingtième siècle.

Tentons d'abord de retrouver le sens original de ce passage. Remettons ces quelques versets dans leur contexte: Paul lutte contre la perception de certains de ces frères et soeurs qui pensent qu'il y aurait deux "régimes" dans le plan salvifique de Dieu: un pour les Juifs, un second pour les païens. Il commence par rappeler la promesse faite à Abraham 1800 années avant le temps du Christ (Ga 3,15). D'après le livre de la Genèse, Yahvé avait dit à Abraham: "J'établirai mon alliance entre moi, toi, et après toi les générations qui descendront de toi: cette alliance perpétuelle fera de moi ton Dieu et Celui de ta descendance après toi" (Gn 17,7). Paul souligne que le texte parle de "la descendance" au singulier, et il affirme que, prophétiquement, ce texte parlait déjà de Jésus, celui en qui s'accomplirait la promesse du Père.

Ainsi, la vraie descendance d'Abraham ne serait pas seulement le peuple Juif, mais plutôt toute personne qui, par le baptême, est unie au Christ: "Par la foi en Jésus Christ, la promesse a été accomplie pour les croyants." (Ga 3, 22) Maintenant, Paul tire sa conclusion: si nous sommes unis au Christ, nous sommes unis entre nous, et il ne peut y avoir de différence entre nous sur le plan du salut. Il n'y a pas une loi pour les Juifs (celle de Moïse) et une autre pour les grecs (qu'il aurait fallu élaborer): il n'y a que la foi partagée en celui qui nous unit. Car nous formons tous, en Jésus, la "descendance d'Abraham". Voilà le sens premier de notre texte d'aujourd'hui.

Mais Paul pousse plus loin sa pensée. Et c'est ici que ça devient vraiment intéressant pour nous. Non seulement les Juifs et les païens sont-ils unis dans une foi commune et dans un héritage spirituel commun, les esclaves et les hommes libres le sont aussi. Et encore plus, les hommes et les femmes. On pourrait presque dire que Paul ici se fait prophète. Car en général, lorsqu'il explique dans ses lettres la réponse qu'ils doivent donner au salut offert en Jésus, Paul différencie entre l'esclave et l'homme libre, entre l'homme et la femme. En cela, il demeure un homme de son temps. Mais dans ces quelques versets de la lettre aux Galates, il ouvre un nouvel horizon à la jeune Église.



Cela prendra des siècles pour que les chrétiens comprennent que l'unité dans le Christ, sans effacer les différences, abolit toutes les séparations entre nous. Ce n'est que dans les derniers siècles que les chrétiens ont vraiment compris l'égale dignité de l'esclave et de l'homme libre, de la femme et de l'homme. Et il nous reste du chemin à faire. Ce passage de Paul peut nous inspirer et nous encourager à continuer à lutter pour établir l'égale dignité de chaque être humain devant Dieu. L'unité des croyants et des croyantes dans le Christ doit devenir une réalité de plus en plus vraie: ce n'est qu'ainsi que l'Église peut vraiment être un signe prophétique dressé devant le monde. Peut-être ne devrait-on pas être surpris si les chartes de droits humains ont été élaborées dans des pays marqués par la tradition chrétienne: petit à petit, l'Évangile fait son chemin.

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