dimanche 12 novembre 2017

Homélie aux funérailles de Mgr Jacques Landriault



Sur la photo officielle de Monseigneur Jacques Landriault, celle qu’on retrouvait dans les églises et presbytères du diocèse de Timmins, on le voyait debout, habillé en clergyman, une bible familiale dans sa main, un sourire en coin sur les lèvres comme s’il disait : « Viens lire ce texte avec moi. J’ai un secret à te partager. »

De fait, Jacques était un amoureux de la Parole de Dieu. En cela, il s’est avéré un vrai Père du Concile Vatican II qui avait remis la Parole de Dieu à l’honneur dans la liturgie et dans la vie chrétienne.

Je vous propose donc de relire les textes que nous venons d’entendre ce matin comme si notre frère Jacques était là avec nous et qu’il voulait nous partager ce secret qui, durant sa longue vie, lui a donné une raison de vivre, de s’engager, de prier et de servir.

Let’s start with the first reading, from the prophet Hoseah, (2:16-25) written many centuries before Jesus’s time, at a moment in Israel’s history when the people had fallen into corruption and injustice, when they relativized the Sinai Covenant and the Law of Moses, adapting it to include the worship of foreign divinities known as the Baals, or masters.

Oui, à l’époque du prophète Osée, le peuple avait oublié ses racines, il avait oublié le Dieu qui l’avait tiré de l’esclavage en Égypte et mené en Terre promise.

Devant cette situation tragique, le prophète prend la parole, il s’exprime à la place de Dieu. Est-ce qu’il menace? Est-ce qu’il annonce la punition? Est-ce qu’il prédit la destruction? Non.
Il donne à Dieu la voix d’un amoureux qui veut mener son épouse infidèle dans un lieu secret pour lui parler cœur à cœur. Il la ramène au lieu où elle avait d’abord connu son amour afin de la séduire à nouveau, de la fiancer à nouveau. Et ces nouvelles fiançailles produiront des fruits de justice et de droit, de fidélité et de tendresse.

Instead of threatening and condemning, the God of Hoseah wants to renew a loving relationship with Israel. Hoseah’s tender, kindhearted God was also the God of Jacques Landriault. How he enjoyed speaking of God’s affectionate love. His homilies—which often much too long … like mine threatens to be today—were filled with a deep yearning to introduce his listeners to his loving God.

Son expérience du Marriage Encounter, du Cursillo, de la Rencontre et du Renouveau charismatique dans les 1970 lui ont permis de libérer sa propre affectivité naturelle, une affectivité qu’il avait un peu étouffée durant ses premières années d’épiscopat, croyant qu’un évêque se devait de maintenir une certaine distance relationnelle afin de préserver la dignité de l’ordre. Il m’a partagé un jour que ces expériences lui avaient permis de se « déconstiper » (c’était son expression). Et les gens qui l’ont connu dans le diocèse de Timmins et durant sa retraite à Ottawa se souviennent de lui comme d’un homme affectueux, tendre, simple d’accès, proche des plus petits et des plus faibles. Oui, son cœur vibrait au diapason du Dieu de tendresse qu’a voulu révéler le prophète Osée au peuple d’Israël.

La deuxième lecture nous fait avancer plusieurs siècles dans le temps, peut-être une soixantaine d’années après la mort et la résurrection du Christ. L’apôtre Jean – et la communauté qu’il animait – avait médité pendant de nombreuses années sur le mystère du Christ donnant sa vie pour nous libérer du mal. Au cœur du passage de la première lettre de Jean que nous avons écouté ce matin (4,10-21), nous entendons cette magnifique profession de foi : « Nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. »

Let us note what the Apostle John affirms in today’s second reading: faith is not the result of an intellectual process, even less a habit that is caught by osmosis. It springs from a foundational experience of being loved!

Cette conviction habitait tellement notre frère Jacques qu’il en a tiré sa devise personnelle lorsqu’il fut ordonné prêtre. Elle ne l’a jamais abandonné. Dans un testament spirituel rédigé en 1989, un an avant sa démission comme évêque à cause de sérieux problèmes cardiaques, il écrivait :

« Je remercie le Bon Dieu de m’avoir donné la vie, de m’avoir racheté et de m’avoir comblé de son Esprit avec tous ses dons, de m’avoir gardé dans son amour toute ma vie. »

On sent que, pour Jacques, ces mots ne sont pas des formules vides, des clichés religieux appris dans une école de prédication, mais plutôt une expression profondément personnelle qui traduit son expérience spirituelle fondamentale : celle d’être aimé de Dieu.

Only this experience of being loved can explain Jacques’s great confidence in life, his enthusiasm in the face of all challenges, a hope that knew no limits. He had the gift of seeing the positive in even the most difficult situations.

Dieu sait le nombre de projets qu’il a entrepris durant ses années d’épiscopat, marquées par sa participation au Concile Vatican II. Durant ses courtes années à Alexandria, il participe à la fondation nationale des Scouts francophones du Canada. À Hearst, il construit une cathédrale. Il collabore à la transformation du petit séminaire en Collège. Il dirige l’adaptation du diocèse à la vision renouvelée du Concile. Il réorganise le système salarial des prêtres pour le rendre plus équitable en les aidant à créer un fonds de compensation pour aider les plus pauvres.

Lorsqu’il est nommé au diocèse de Timmins en 1971, il continue d’administrer le diocèse de Hearst afin d’entreprendre une grande consultation sur l’organisation des diocèses du Nord-est ontarien et du Nord-ouest québécois. Il devient ainsi le père du diocèse de Rouyn-Noranda, qu’il aidera à rêver et à former dans le respect de diversités régionales. Une fois le diocèse de Hearst confié à son bon ami Roger Despatie, il travaille à l’aggiornamento du diocèse de Timmins.

Once he became bishop of Timmins, he moved the diocesan centre and residence from Haileybury to Timmins. (I was once a parish priest of Haileybury, and some parishioners still hold that against him…) He renovated the cathedral to adapt it to the new liturgical norms and endeavoured to make it the mother-church of the diocese.

Toujours à Timmins, il organise un immense programme de formation aux nouveaux ministères qui transformera les paroisses en habilitant de nombreux laïques à s’engager dans la pastorale. Il accueille les agentes et les agents de pastorale, il lance le diaconat permanent, il préside au renouvellement des pratiques catéchétiques entourant les sacrements de l’initiation. Ce n’est que son pauvre cœur qui l’empêchera d’entreprendre de nouveaux projets. Continuellement, il se sent porté, propulsé par la conviction que Dieu l’aime, que Dieu nous aime : jamais ne flanchèrent sa confiance et son espérance. Nous l’avons toujours connu avec un sourire aux lèvres.

Mais soyons clairs : ces nombreux projets qu’il aura entrepris et réalisés durant son ministère épiscopal ne sont pas le fruit d’une imagination fertile ou de caprices épiscopaux. Au contraire, ils sont soutenus par la conviction que ce sont des projets voulus par Dieu.

In his prayer—and those who knew him well can testify that he truly was a man of prayer—he discerned God’s will for his diocese and for himself. He sought out God’s will and, once discerned, he did all he could to accomplish it. “Thy will be done on earth as it is in heaven” was not just a formula for him, but a way of life.

Sa devise épiscopale était justement tirée de la prière que Jésus a enseignée à ses disciples (Mt 6, 6-13) : VOLUNTAS TUA, ta volonté. Même à la toute fin de sa vie, alors qu’il désirait tellement aller à la rencontre du Seigneur, il acceptait sa divine volonté. Lors de notre dernière rencontre, il m’a confié qu’il priait quotidiennement que Dieu vienne le chercher… mais il se résignait à continuer à respirer et à prier, si c’était là la volonté de Dieu.

Mais ne pensez pas que ses dernières années n’aient été qu’une passive résignation face à une santé de plus en plus chancelante. Lorsqu’il est déménagé à la résidence Bruyère à Ottawa, il y a trouvé un nouveau terrain fertile pour le ministère. Il y visitait les autres résidents, les écoutait, priait avec eux, les conseillait, leur parlait de la tendresse de Dieu.

En pensant à ces dernières années, je dois aussi me faire l’écho de la gratitude de Jacques pour l’archidiocèse d’Ottawa, à Messeigneurs Gervais et Prendergast qui ont su si bien l’accueillir et lui permettre de vivre sa retraite dans la dignité et dans la sérénité. Mgr Prendergast s’est fait particulièrement proche de lui durant les dernières années. Cet accompagnement fut pour lui une expérience de guérison et de réconciliation, lui un fils du diocèse d’Ottawa qui s’était vu obligé de se donner au diocèse de Timmins pour être ordonné prêtre. N’est-ce pas que le Seigneur réussit à écrire droit avec des lignes croches?

Ainsi, dans ses dernières, Jacques a pu mettre le comble à son amour de l’Église, une Église qu’il aima profondément, jusqu’à la fin. Écoutons ces mots de son testament spirituel de 1989 :

« Je veux dire aux prêtres, diacres, religieux, religieuses, hommes, femmes, les jeunes et les enfants des diocèses, d’Alexandria-Cornwall, de Hearst et de Timmins, particulièrement, combien je les ai aimés, combien je les aime encore et combien je continuerai de les aimer au purgatoire et au ciel. »

As he contemplated the final moments of his life, Jacques wrote these moving words in his spiritual testament:

“‘Till the last moments of my life, I would like each beat of my heart to be an act of love for the Sacred Heart of Jesus and for the Immaculate heart of Mary, and that my last breath be an act of faith, of hope and of love.”

Et il concluait en nous demandant de prier pour lui :

« Faites-moi l’aumône d’une prière, d’une messe, d’une communion, d’un chapelet, d’un chemin de croix. Ne tardez pas. Mon âme brûle du désir de voir Dieu, de contempler Marie, de m’unir à tous mes parents et mes frères et sœurs dans le ciel pour chanter les louanges de Dieu trois fois saint. »

Alors, répondons au souhait de notre frère Jacques ce matin en offrant cette eucharistie afin que l’Esprit-Saint achève son travail en lui et le fasse entrer dans la gloire du Fils auprès du Père. Il entendra résonner dans son cœur ces beaux mots de l’Évangile : « Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître. »
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