dimanche 4 octobre 2015

Jour 1 - Synode 2015

Plusieurs amis m'ont demandé si je reprendrais mon habitude de publier une réflexion quotidienne au sujet de mon expérience au Synode. Je ne sais pas si j'aurai le temps de le faire de façon régulière, mais j'essaierai. Je commence donc aujourd'hui en vous partageant une pensée qui m'est venue durant le chant du Je crois en Dieu à la messe d'ouverture ce matin, présidée par le Pape François en la basilique St-Pierre.

Nous chantions en latin, alternant avec les hommes de la chorale. Ceux-ci chantaient un verset sans accompagnement (très bien chanté, par ailleurs), et nous répondions avec les garçons de la chorale, accompagnés de l'orgue. J'étais assis avec les évêques qui participeront au Synode, et je les écoutais chanter (en chantant moi-même, naturellement). Il y en avait un qui commençait à répondre avant même que l'orgue ne donne la note; certains chantaient plus vite que les autres; l'un d'eux, au contraire, finissait toujours après les autres; certains étaient certains d'avoir le rythme juste et chantaient plus fort, afin d'imposer leur rythme aux autres; certains connaissent peu le latin ou le chant grégorien et se contentaient de murmurer... ou d'écouter. Pour un chant qui devait manifester l'unité de la foi de l'Église, c'était un peu comique d'écouter ce tiraillement vocal. Heureusement que nous chantions tous les mêmes mots!

Le Synode, c'est un peu ça. Près de 300 évêques rassemblés pour discuter d'une question fondamentale: comment aider les familles chrétiennes à vivre leur mission dans le monde d'aujourd'hui. Parmi ces évêques, il y en a qui veulent se précipiter, d'autres hésitent et veulent avancer prudemment. Certains sont certains d'avoir le bon rythme et veulent l'imposer au groupe en élevant la voix et en parlant fort. D'autres se sentent dépassés : ils écoutent, lisent, observent...

À cause de ma formation en chant choral, j'écoutais attentivement l'accompagnement de l'orgue et la voix des garçons durant le chant du Je crois en Dieu. Ce n'était pas évident: ils étaient situés de l'autre côté de la nef, et toutes ces voix qui m'entouraient rendaient difficile l'audition. J'essayais quand même de discerner le rythme du choeur et de chanter assez fort pour que ceux qui m'entouraient puissent le suivre. Par contre, je ne voulais pas chanter si fort que je briserais l'harmonie du groupe. Tranquillement, certains évêques autour de moi m'ont suivi dans cette recherche d'unison, et nous avons pu nous adapter au rythme de l'orgue et des garçons. À la fin, nous manifestions mieux l'unité de l'Église proclamant sa foi.

Dans le Synode, un seul peut nous donner le rythme juste: l'Esprit-Saint. Notre travail à nous, évêques, c'est de discerner ce rythme, cet élan vital qu'il veut nous transmettre. Ce n'est pas toujours facile. La rumeur du monde, la fébrilité de l'exercice, les êtres humains que nous sommes, marqués par nos cultures, nos expériences, nos tempéraments: tout cela rend difficile l'écoute commune de l'Esprit. Apprendre à s'ajuster à son rythme n'est pas évident. C'est peut-être pour cela que le Pape François nous a invités hier soir, dans une veillée de prière, à moins parler de la Sainte Famille et à plus la contempler.

Dans le mot ajuster, nous retrouvons la racine 'just-' de laquelle nous tirons le substantif 'justice'. La justice du Royaume, c'est précisément l'effort de s'ajuster au souffle de l'Esprit-Saint. Prions pour que les évêques puissent faire oeuvre de justice en ces trois prochaines semaines.

Test

Ceci n'est qu'un test.

samedi 18 octobre 2014

Synode - Jour 11

Le rapport final est maintenant publié. Les médias concentrent l'attention du grand public sur deux questions: l'accès des divorcés-remariés aux sacrements et l'accueil des homosexuels. Il faut donc que j'en parle.

De ces deux questions, la première avait été soulevée bien avant le Synode par le Cardinal Kasper dans une intervention remarquée devant les Cardinaux du monde en février dernier. Rejetée publiquement par d'autres cardinaux à la fin de l'été, elle a retenu l'attention de nombreux intervenants durant le Synode et, de fait, beaucoup d'énergie y a été consacrée. Un paragraphe présentant les deux approches discutées (le maintien de la présente discipline et l'ouverture à un changement) ainsi qu'un paragraphe connexe n'ont pas reçu l'approbation des deux tiers des membres, même si une grande majorité l'appuyait. Cela n'empêche pas que, dans les faits, ces deux approches ONT été discutées, et avec passion. Le Pape François a décidé qu'on publie tout le texte du rapport final, même les paragraphes qui n'ont pas reçu le deux tiers des voix. J'imagine donc que cette discussion n'est pas finie, et qu'elle sera reprise dans les conférences épiscopales du monde durant l'année qui vient alors que nous préparerons le Synode général ordinaire de 2015

Sur la question de l'accompagnement pastoral des homosexuels, un paragraphe proposait simplement de rappeler l'enseignement de l'Église: pas question d'une équivalence entre le mariage et une relation homosexuelle; affirmation de la dignité de chaque personne et refus de discrimination à l'égard des personnes homosexuelles. Ce paragraphe aussi a été appuyé par la majorité, sans atteindre les deux tiers. Pourquoi certains évêques n'ont-ils pas appuyé ce texte qui, en somme, n'était qu'une répétition de l'enseignement reçu? J'ai l'impression que plusieurs auraient voulu un langage plus ouvert, plus positif. Ne le retrouvant pas, ils auraient indiqué leur désapprobation du paragraphe. Mais celui-ci aussi est publié, et il faudra continuer la réflexion.

Mettons donc ces deux questions importantes de côté pour un moment. Le synode n'avait pas comme thème 'La communion aux divorcés-remariés et l'accompagnement des homosexuels', mais bien 'les défis pastoraux de la famille dans le contexte de la nouvelle évangélisation'. Et sur cette question, que disent les 58 autres paragraphes du texte? Que faut-il retenir du travail de ce synode? A-t-il fait du nouveau?

Je réponds: absolument! Il a fait du nouveau au moins sur un point: il a consacré une approche pastorale très précise, une approche qui est plus attentive à ce qu'il y a de bon dans les personnes qu'à ce qui ne va pas; une approche qui parle moins du péché à éviter que de la grâce à poursuivre; une approche qui est moins centrée sur les défauts de nos sociétés et plus attentives aux 'pierres d'attente' qu'on peut y trouver pour l'accueil de l'Évangile. Il ne s'agit pas d'être naïfs ou bonasses, mais plutôt de miser sur la force de l'Esprit de Jésus-Christ déjà présent au coeur des êtres humains, même ceux qui se croient très loin de Dieu.

Cette approche n'est pas nouvelle: beaucoup d'intervenants pastoraux la pratiquent déjà. Mais c'est la première fois - à ma connaissance - qu'un texte de ce genre vient lui donner son aval. Encore plus, il en donne le fondement biblique et doctrinal, et il invite tous les intervenants de l'Église à la mettre en oeuvre.

Ça, c'est nouveau. Et je m'en réjouis. Dans un certain sens, nous avons fait pour la vie de famille ce qu'a fait le Concile Vatican II pour la liturgie et pour l'oecuménisme: donner un feu vert à une pastorale déjà émergente dans l'Église, lui assurer un socle théologique, et inviter toute l'Église à la faire sienne.

Je ne sais pas si les médias y porteront beaucoup d'attention. Mais pour moi, en tant qu'évêque, et pour beaucoup de responsables de paroisse et de communautés chrétiennes, c'est capital. Et pour cela, je remercie le Pape de nous avoir convié à ce grand travail d'Église.

vendredi 17 octobre 2014

Jour 10

Mon rapport sera court aujourd'hui. En cet avant-dernier jour des assises du Synode, l'équipe du Cardinal Erdo travaillait à intégrer dans le rapport final toutes les suggestions qui avaient été remises par les petits groupes hier, ce qui a permis à la majorité d'entre nous de faire la grasse matinée. Mais cet après-midi, nous nous sommes retrouvés pour la première lecture du message final (celui sur lequel j'ai travaillé). Avec l'aide d'un prêtre belge, assistant au Synode, j'en ai assuré la traduction française. 

Après la lecture du texte, on a ouvert la discussion: plus de 50 évêques ont pris la parole. Tous leurs discours commençaient ainsi: « Nous remercions la commission du message pour son excellent travail. Le texte est bref et le ton est bon. Mais... » et là commençait la requête d'ajouter une phrase ici, d'ajouter un paragraphe là, de ne pas oublier telle problématique, de nommer tel groupe pour l'excellent travail qu'il fait, de reconnaître telle contribution... parfois, je me sentais comme si le Synode de l'an prochain venait d'être lancé!  

De toute façon, immédiatement après la discussion (qui a fini à 19h), les membres de la commission se sont rencontré pour reprendre toutes ces recommandations et voir comment les intégrer au message sans lui faire violence. Après quelques sandwichs et plusieurs verres de jus, je crois que nous y sommes arrivé. À 21h30, j'ai pu reprendre le chemin du retour... accompagné du Cardinal Wuerl de Washington, qui venait de terminer le travail bien plus important de la préparation du rapport final. L'équipe venait d'en terminer la dernière lecture, après un jour et demi de travail. Quel courage. J'ai hâte de voir le produit fini demain... comme vous, d'ailleurs. Alors, prenons tous un grand souffle, et confions ce beau projet au Souffle de Dieu, l'Esprit-Saint!


jeudi 16 octobre 2014

Synode - Jours 8 et 9

Merci pour tous les souhaits de bonne santé. Ça fonctionne: je tousse moins et respire mieux. Louez soit le Seigneur!

Après le jour 7, alors que nous avions passé la journée à discuter en groupes linguistiques de la 'relatio post-disceptationem', le jour 8 a été consacré aux amendements proposés à ce texte. Mgr Léonard, notre 'relator', a fait un travail admirable en reprenant les idées que nous avions exprimées le jour 7 et en rédigeant un nombre considérable d'amendements que nous avons repris, presque mot par mot, et votés, un après l'autre. En effet, pour qu'un amendement soit retenu par l'équipe centrale du synode, elle doit recevoir deux tiers des votes du groupe linguistique.

Certains amendements se limitaient à l'ajout d'un mot. D'autres consistaient dans la ré-écriture complète d'un numéro. Nous avons réussi à trouver les mots qui ont permis à l'ensemble du groupe d'appuyer chacun des amendements, mais c'est un travail ardu, qui exige écoute et respect, créativité et patience. Parfois, un membre du groupe proposait l'expression A, alors qu'un autre proposait l'expression B... et la discussion s'animait entre les deux expressions, jusqu'à ce que quelqu'un propose une expression C à laquelle tous se ralliaient. Il ne s'agissait pas toujours de trouver la 'via media' entre les deux expressions, mais de chercher la nouvelle voie que tous pouvaient emprunter en se sentant respectés et compris. 

À la fin de l'exercice, les trois couples laïcs ont exprimé leur grande satisfaction, leur joie même, à l'issue de l'expérience que nous venions de vivre. Je tiens à dire qu'ils sont tous de haute formation, experts en leurs domaines, d'une grande expérience dans l'enseignement de l'Église et l'engagement dans la pastorale familiale. Voilà pour le jour 7.

Le jour 8 était plus court que les autres. En effet, la matinée était consacré à l'approbation en petits groupes du rapport de nos relateurs respectifs, et de la lecture de tous ces rapports dans la grande salle. Ces rapports devraient tous être publiés sous peu. Je vous invite à les consulter pour vous faire vous-même une idée de la discussion qui a eu lieu dans chacun des groupes linguistiques, de la richesse des propos, du sérieux de la démarche. 

Maintenant commence le travail sérieux: l'équipe du Cardinal Erdo, enrichie par des délégués des cinq continents nommés par le Pape, doivent étudier tous les amendements (il y en aura au moins deux cents, j'en suis certain) et ré-écrire la 'relatio post-disceptationem' pour en faire la 'relatio finale'. La première version de cette 'relatio finale' nous sera présentée samedi matin. C'est pourquoi tous les autres membres du synode (moi inclus) pouvons nous reposer cet après-midi et demain-matin alors que les membres des cette équipe spéciale cherchent à pondre un texte qui saura rallier la grande majorité des voix.

Quant au 'message' sur lequel j'ai travaillé, notre texte original, très poétique et biblique, a dû être abrégé à la demande du Secrétariat du synode. Il s'agira donc d'une courte lettre de salutation adressée aux familles du monde. Mais je garde les belles idées en tête pour une ou deux homélies à venir. Il ne faut pas perdre le fruit de notre travail!

mardi 14 octobre 2014

Synode - Jour 7

J'ai vécu aujourd'hui un beau moment d'Église. Une vingtaine de cardinaux, d'évêques et de prêtres de partout dans le monde, assis avec trois couples pendant six heures, à retravailler les divers points soulevés par la ' relatio post-disceptationem '. J'ai été frappé par la qualité des interventions, l'intensité de l'écoute mutuelle, la confrontation des expériences et des cultures et la grande variété des questions discutées. J'ai admiré l'effort soutenu de faire dialoguer la sagesse séculaire de l'Église avec le monde contemporain. La vision profondément humanisante de l'Évangile habite les participants à ce Synode. 

Comment avons-nous travaillé? Simplement en prenant le texte numéro par numéro et en réagissant à partir de nos préoccupations, de nos enthousiasmes, de nos convictions. La confrontation des idées permet d'arriver à une formulation où chacun se retrouve. 

J'admire le travail de notre modérateur, le Cardinal Schönborn de Vienne, qui permet à chacun et à chacune de s'exprimer librement et avec respect, tout en assurant que nous avancions efficacement... car il faut aller jusqu'au bout du texte. Notre secrétaire, Monseigneur Léonard de Bruxelles, manifeste un talent exceptionnel de synthèse et un sens d'humour fin et taquin. 

Demain, nous discuterons les modifications au texte qui auront été préparées par Mgr Léonard à partir de nos propositions. Quelques-uns parmi nous présenterons aussi quelques paragraphes sur des thèmes qui n'ont pas été assez développés dans le texte. Moi-même, je préparerai quelque chose sur l'impact de l'internet sur nos familles, un thème qui me tient à coeur. Un petit travail que je dois faire avant de me coucher ce soir. 

Et sur ce, je vous souhaite bonne nuit.

P.S.: Petite coquille sur mon blogue hier soir. J'aurais dû parler de la béatification de Paul VI dimanche prochain, non de sa canonisation. Merci aux amis qui me l'ont fait remarquer.

lundi 13 octobre 2014

Synode - Jour 6

Ceux et celles qui suivent mon blogue assidûment (il y en a trois ou quatre, je crois) verront que j'ai sauté le jour 5 du Synode. Non parce que ce n'était pas intéressant. Ce que j'ai attrappé une bon rhume d'homme (qui, comme tout le monde le sait, est tellement plus pénible qu'un rhume de femme). Alors, pauvre de moi, je tousse, j'éternue, je me mouche, j'ai mal à la gorge... et tout ça dans une chaleur et une humidité dont se plaignent même les Romains. En effet, ce mois d'octobre ressemble aux chaleurs les plus pénibles du mois de juillet à Gatineau. Alors, je n'avais pas trop d'énergie pour me mettre à ramasser mes idées pour mon blogue... d'autant plus que je devais travailler un peu sur le message du Synode. En effet, j'ai été élu membre du comité qui doit préparer un message pour les familles du monde au nom des évêques rassemblés ces jours-ci à Rome. Nous sommes habillement dirigés par le Cardinal Gianfranco Ravasi, homme de grande culture, bibliste, écrivain de longue date. Avec lui, le travail est facile. Nous avons passé du temps vendredi et encore aujourd'hui à peaufiner ce texte qui sera publié le dernier jour du Synode. Je crois qu'il sera beau.

Entretemps, nous avons fini les interminables discours de 4 minutes des évêques du monde (il y en a eu presque 200!). Je dois admettre qu'après avoir vécu ce procédé deux fois (la première fois lors du Synode sur l'Eucharistie en 2005), je voudrais que le revoit sérieusement. Il y a certainement d'autres procédures plus efficaces, intéressantes et fructueuses à étudier. J'espère qu'on fera une bonne évaluation de ce processus après ce Synode.

Ce matin, on nous a présenté la «relatio post-disceptationem», c'est-à-dire, le résumé de nos discussions de la semaine dernière. J'admire le Cardinal Erdo et son équipe: ils ont réussi en deux jours à préparer une synthèse qui se tient, dans un langage ouvert et engageant. Mais un problème sérieux se présente: ce texte n'est qu'un instrument de travail qui sert à faire le point et à cerner les questions dont il nous faut maintenant débattre. Malheureusement (d'après moi) on l'a rendu publique, et les médias y voient la position du Synode, alors qu'il s'agit d'un échantillon des options qui ont été présentées jusqu'à ce jour. Maintenant, il nous faut trouver un langage commun, une vision qui saura rallier la grande partie des évêques. Il s'agit d'un travail d'écoute mutuelle où chacun ajuste ses positions en fonction de la sagesse qu'il entend chez les autres. Je crois que le texte final sera assez différent -- au moins sur certains points -- de la «relatio» qu'on nous a présenté aujourd'hui. Et on risque de voir tout un jeu médiatique pénible dans les jours qui suivront. Je dois dire que je commence mieux à comprendre ce qui s'est vécu lors des sessions au Concile Vatican II il y a cinquante ans!

Je finis sur un ton positif. Ce soir, je suis allé écouter un 'concert spirituel' organisé par mon amil, le Père Pierre Paul, directeur de musique à la Basilique Saint-Pierre. Ce concert était construit autour de quelques pièces de Bach et de Handel, entrecoupées de textes nous présentant l'itinéraire spirituel du Pape Paul VI, dont nous célébrerons la canonisation ce dimanche pour conclure le Synode. Ce concert a été un beau moment de prière pour moi, un temps de ressourcement qui m'a fait découvrir la grandeur d'âme de ce grand Pape trop peu apprécié dans le monde. En cette fête canadienne de l'action de grâces, je dis merci à Dieu pour la musique, signe indéniable pour moi de l'existence de l'âme et de la transcendance de l'être humain. Bon soir à tous!