mardi 14 octobre 2014

Synode - Jour 7

J'ai vécu aujourd'hui un beau moment d'Église. Une vingtaine de cardinaux, d'évêques et de prêtres de partout dans le monde, assis avec trois couples pendant six heures, à retravailler les divers points soulevés par la ' relatio post-disceptationem '. J'ai été frappé par la qualité des interventions, l'intensité de l'écoute mutuelle, la confrontation des expériences et des cultures et la grande variété des questions discutées. J'ai admiré l'effort soutenu de faire dialoguer la sagesse séculaire de l'Église avec le monde contemporain. La vision profondément humanisante de l'Évangile habite les participants à ce Synode. 

Comment avons-nous travaillé? Simplement en prenant le texte numéro par numéro et en réagissant à partir de nos préoccupations, de nos enthousiasmes, de nos convictions. La confrontation des idées permet d'arriver à une formulation où chacun se retrouve. 

J'admire le travail de notre modérateur, le Cardinal Schönborn de Vienne, qui permet à chacun et à chacune de s'exprimer librement et avec respect, tout en assurant que nous avancions efficacement... car il faut aller jusqu'au bout du texte. Notre secrétaire, Monseigneur Léonard de Bruxelles, manifeste un talent exceptionnel de synthèse et un sens d'humour fin et taquin. 

Demain, nous discuterons les modifications au texte qui auront été préparées par Mgr Léonard à partir de nos propositions. Quelques-uns parmi nous présenterons aussi quelques paragraphes sur des thèmes qui n'ont pas été assez développés dans le texte. Moi-même, je préparerai quelque chose sur l'impact de l'internet sur nos familles, un thème qui me tient à coeur. Un petit travail que je dois faire avant de me coucher ce soir. 

Et sur ce, je vous souhaite bonne nuit.

P.S.: Petite coquille sur mon blogue hier soir. J'aurais dû parler de la béatification de Paul VI dimanche prochain, non de sa canonisation. Merci aux amis qui me l'ont fait remarquer.

lundi 13 octobre 2014

Synode - Jour 6

Ceux et celles qui suivent mon blogue assidûment (il y en a trois ou quatre, je crois) verront que j'ai sauté le jour 5 du Synode. Non parce que ce n'était pas intéressant. Ce que j'ai attrappé une bon rhume d'homme (qui, comme tout le monde le sait, est tellement plus pénible qu'un rhume de femme). Alors, pauvre de moi, je tousse, j'éternue, je me mouche, j'ai mal à la gorge... et tout ça dans une chaleur et une humidité dont se plaignent même les Romains. En effet, ce mois d'octobre ressemble aux chaleurs les plus pénibles du mois de juillet à Gatineau. Alors, je n'avais pas trop d'énergie pour me mettre à ramasser mes idées pour mon blogue... d'autant plus que je devais travailler un peu sur le message du Synode. En effet, j'ai été élu membre du comité qui doit préparer un message pour les familles du monde au nom des évêques rassemblés ces jours-ci à Rome. Nous sommes habillement dirigés par le Cardinal Gianfranco Ravasi, homme de grande culture, bibliste, écrivain de longue date. Avec lui, le travail est facile. Nous avons passé du temps vendredi et encore aujourd'hui à peaufiner ce texte qui sera publié le dernier jour du Synode. Je crois qu'il sera beau.

Entretemps, nous avons fini les interminables discours de 4 minutes des évêques du monde (il y en a eu presque 200!). Je dois admettre qu'après avoir vécu ce procédé deux fois (la première fois lors du Synode sur l'Eucharistie en 2005), je voudrais que le revoit sérieusement. Il y a certainement d'autres procédures plus efficaces, intéressantes et fructueuses à étudier. J'espère qu'on fera une bonne évaluation de ce processus après ce Synode.

Ce matin, on nous a présenté la «relatio post-disceptationem», c'est-à-dire, le résumé de nos discussions de la semaine dernière. J'admire le Cardinal Erdo et son équipe: ils ont réussi en deux jours à préparer une synthèse qui se tient, dans un langage ouvert et engageant. Mais un problème sérieux se présente: ce texte n'est qu'un instrument de travail qui sert à faire le point et à cerner les questions dont il nous faut maintenant débattre. Malheureusement (d'après moi) on l'a rendu publique, et les médias y voient la position du Synode, alors qu'il s'agit d'un échantillon des options qui ont été présentées jusqu'à ce jour. Maintenant, il nous faut trouver un langage commun, une vision qui saura rallier la grande partie des évêques. Il s'agit d'un travail d'écoute mutuelle où chacun ajuste ses positions en fonction de la sagesse qu'il entend chez les autres. Je crois que le texte final sera assez différent -- au moins sur certains points -- de la «relatio» qu'on nous a présenté aujourd'hui. Et on risque de voir tout un jeu médiatique pénible dans les jours qui suivront. Je dois dire que je commence mieux à comprendre ce qui s'est vécu lors des sessions au Concile Vatican II il y a cinquante ans!

Je finis sur un ton positif. Ce soir, je suis allé écouter un 'concert spirituel' organisé par mon amil, le Père Pierre Paul, directeur de musique à la Basilique Saint-Pierre. Ce concert était construit autour de quelques pièces de Bach et de Handel, entrecoupées de textes nous présentant l'itinéraire spirituel du Pape Paul VI, dont nous célébrerons la canonisation ce dimanche pour conclure le Synode. Ce concert a été un beau moment de prière pour moi, un temps de ressourcement qui m'a fait découvrir la grandeur d'âme de ce grand Pape trop peu apprécié dans le monde. En cette fête canadienne de l'action de grâces, je dis merci à Dieu pour la musique, signe indéniable pour moi de l'existence de l'âme et de la transcendance de l'être humain. Bon soir à tous!

jeudi 9 octobre 2014

Synode - Jour 4

Depuis hier après-midi, nous discutons des situations qui ne correspondent pas à la figure de la famille chrétienne telle que dessinée par Jésus. En particulier, nous avons discuté de l'accompagnement des couples divorcés-remariés et des polygames qui, en Afrique, sont tout à fait acceptés dans la culture. La discussion s'est centrée sur la question de l'accès aux sacrements de la réconciliation et de l'Eucharistie. 

Certains disent NON: pour eux, la réalité objective de la non-correspondance à la loi du Christ, soit au niveau moral, soit au niveau sacramentel, empêche l'accès aux sacrements. Selon eux, il faudrait plutôt inviter à la communion spirituelle.

D'autres disent OUI: ce serait un signe de miséricorde en réponse au besoin sincère de se sentir proche du Christ. L'un d'eux a cité le prophète Isaie: « Vous qui avez faim, venez et mangez, sans payer de prix. »

Troisième voie: PARFOIS - tout dépendrait de la situation concrète de la personne, de son attachement au Christ, de son cheminement personnel. Il faudrait discerner chaque cas. 

Presque tous suggèrent d'aider ces couples à être libérés de leur premier lien afin d'en assumer un nouveau dans l'Église, lorsque c'est possible: d'où l'appel à : i. une simplification du processus de nullité;  ii. l'établissement d'un processus administratif pour certains cas ; 3. une compréhension plus large et une utilisation plus généreuse de privilège paulinien de dissolution des mariages en certains cas par le Pape; iv. la gratuité du processus.

Ma position personnelle? Il me semble qu'on devrait étudier cette question dans une démarche plus globale, une pastorale d'ensemble pour les personnes qui vivent l'échec de leur mariage. Reconnaissons que, dans certains cas, ces personnes vivent une expérience spirituelle profonde. Les évêques ne pourraient-ils pas alors avoir la liberté d'inclure l'accès aux sacrements comme élément de cette pastorale?

Une chose est certaine, tous les évêques au Synode sont POUR l'indissolubilité du mariage et POUR un accompagnement miséricordieux de ceux qui connaissent l'échec. Il ne s'agit pas de choisir entre les deux, mais de savoir comment les articuler concrètement dans les diverses situations qui se présentent à nous.

Une dernière remarque: je suis frappé par la place que prennent les histoires personnelles des individus, des couples et des familles dans nos discussions. Les évêques citent des histoires; les observateurs nous racontent leurs histoires; et derrière certaines interventions je sens une histoire personnelle très concrète. Il me semble que le Synode nous invite à passer d'une théologie purement déductive (qui part des principes pour les appliquer dans les situations concrètes) à une théologie plus inductive (qui part des situations concrètes pour en tirer des principes). Évidemment, cette distinction ne doit pas être tenue de façon absolue, mais plutôt en équilibre, en tension saine et fructueuse. Elle rappelle que l'expérience concrète des chrétiens et des chrétiennes est aussi un 'lieu théologique', une source de compréhension pour les chemins de Dieu.

mercredi 8 octobre 2014

Synode - Jour 3

J'ai pensé aujourd'hui vous partager quelques-unes des phrases que j'ai notées durant les interventions des évêques. Aujourd'hui, nous discutions des défis particuliers des familles dans diverses régions du monde ainsi que de certains problèmes particuliers dans la pastorale de l'Église. J vous rappelle que nous avons écouté à peu près 60 interventions de 4 minutes. En voici donc un échantillon:

Amérique latine: La réalité c'est que très peu de familles sont des écoles de foi. Le christianisme est peu profond dans ces familles. Il y a plus de religiosité chrétienne que de foi chrétienne chez nous. Par contre, le peuple latino-américain valorise beaucoup la famille. Puisque la famille initie à la vie, elle doit apprendre à initier à la foi. 

Moyen Orient: La vie chrétienne est vive, les familles fortes. Mais elles sont sujettes à des pressions externes terribles: guerre, lois, fondamezntalismes religieux, pauvreté. Sans parler des réfugiés et des immigrants économiques.

Amérique latine: La culture machiste facilite une violence qui affecte les femmes et marque les enfants pour toute leur vie. Le chômage élevé crée une atmosphère d'anxiété qui blesse les familles. La réalité de l'immigration entraîne la séparation de fait de nombreux couples.

Afrique: Un changement culturel menace l'Afrique. Certaines valeurs traditionnelles africaines rencontrent facilement la vision chrétienne. Mais la poussée de la mentalité de l'occident chamboule tout, et ces valeurs sont vidées de leurs contenus. Des théories du genre minent la notion du mariage, de la paternité et de la maternité.

Amérique latine: La précarité de la vie et des valeurs causée par la pauvreté isole les personnes, surtout les enfants et les aînés. L'isolement des familles pauvres les rendent plus que fragiles. Ceux qui ne trouvent pas de travail se sentent inutiles. Il faut faire plus que dénoncer les effets de l'économie d'aujourd'hui: il faut chercher à en changer les structures.

Afrique: Le besoin de s'exiler pour travailler crée des pressions internes terribles sur la famille. Il n'est pas normal que des mesures technologiques bancaires crucifient nos familles. Notre vraie richesse se trouve dans nos enfants. Et notre vraie finalité n'est pas l'argent, mais le ciel. 

Afrique: Le mariage traditionnel chez nous est régi par les familles, de vit en étapes, culminant dans la naissance de l'enfant. Le couple décide alors de faire inscrire son mariage. Mais dans les couples mixtes, la partie non-catholique n'est pas intéressée à célébrer un mariage sacramentel. Que faire en ce cas? Est-ce qu'on ne pourrait pas reconnaître canoniquement le mariage civil?

Europe: La croissance du nombre de couples qui choisissent de faire vie commune sans mariage, ni civil, ni canonique. Quel rapport entre l'Église et ces couples? Nous devons assurer une meilleure formation des prêtres pour les accueillir et les accompagner.

Europe: Dieu est parfaitement juste et parfaitement miséricordieux. Pour nous, c'est difficile de tenir ces deux pôles à la fois, mais nous devons trouver ces chemins pour aujourd'hui. Les divorcés-remariés civilement: que pouvons-nous faire pour eux? Beaucoup ne sont pas intéressés, mais ils ont sont nombreux ceux qui souffrent. Comment les accompagner? Première condition: le respect inconditionnel. Il faut se mettre à la recherche des ces brebis perdues qui souvent n'osent pas parler. Il faut écouter avant de parler, il faut faire parler de la beauté du mariage. La beauté désarme et attire.

Afrique: La vérité, c'est Christ. Sa présence dans la vie de chaque chrétien est source de liberté. Mais la communauté doit manifester cette présence christique pour chacun de ses membres. Nous devons améliorer nos réponses aux situations difficiles: les familles fortes auraient un rôle à jouer en ce champ.

... Voilà quelques échos des propos entendus en ce jour. Il ne s'agit pas d'un résumé. Bien d'autres choses ont été dites. Mais peut-être serez-vous d'accord avec moi: il y a beaucoup de matière à réflexion. Comme l'a dit un des évêques: Une chance que le Pape nous donne une année pour y penser avant de revenir avec des suggestions. Nous avons beaucoup à faire!


lundi 6 octobre 2014

Synode - Jour 1

Aujourd'hui ont commencé les travaux du Synode. Pour vous aider à vous faire une idée du rythme de ces journées, voici mon horaire d'aujourd'hui. Réveil à 6h - prière du matin et office de lecture individuellement; messe à 7h, suivi du petit déjeuner; départ de l'autobus à 8h15 pour nous mener au Vatican, où la session commence à 9h30. Pause-café à 11h et continuation de la session jusqu'à 12h30. Retour à la maison, dîner et sieste. à 16h, l'autobus repart pour le Vatican, où se tient la session de l'après-midi, sans pause de 16h30 à 19h00. Retour à la maison pour souper à 19h30. Me voici donc rendu à 20h30 dans ma chambre pour répondre aux courriels du jour et rédiger le petit texte que vous lisez. Je pense que je dormirai bien ce soir.

Comme je l'ai écrit il y a quelques jours, c'est mon deuxième Synode. Ce matin, j'ai vu une première différence: le Pape était là 20 minutes avant le début de la session pour accueillir lui-même les participants en leur donnant la main. Il est descendu prendre la pause-café avec nous, jasant avec tous ceux qui l'approchaient. Quel vent de fraîcheur.

Et la démarche même du Synode est plus fraternelle. Les présidents parlent leur propre langue, plutôt que le latin. Les touches d'humour ne manquent pas. Il règne une belle fraternité dans la salle.

Ce matin, le Pape a pris la parole pour nous inviter à parler ouvertement, avec franchise; et à écouter attentivement, avec humilité. Ce sont les deux qualités nécessaires pour l'exercice de la synodalité - qui veut dire, littéralement, 'faire route ensemble'. Je crois que les intervenants l'ont pris au sérieux.

Ont suivi deux longs discours: le premier, du secrétaire du synode, nous a tracé le cheminement parcouru par le secrétariat depuis la dernière assemblée il y a trois ans; le second, plus théologique, cherchait à faire le point sur certaines questions dont nous aurions à discuter durant ces deux semaines. 

Et cet après-midi ont commencé les interventions des délégués. Chacun a le droit à quatre minutes pour partager son avis sur tel ou tel point de la discussion. Une amélioration par rapport aux autres synodes: les interventions suivent l'ordre de l'Instrument de travail (que vous pouvez retrouver ici - http://www.vatican.va/roman_curia/synod/documents/rc_synod_doc_20140626_instrumentum-laboris-familia_fr.html.

Comme le sujet de mon intervention concernait un des premiers paragraphes, j'ai été un des premiers à prendre la parole. J'ai présenté quelques réflexions en lien avec le numéro 15 de l'instrument de travail: Quelques motifs de la difficulté de la réception (de l'enseignement de l'Église par le monde d'aujourd'hui). Ce que j'ai surtout voulu dire, c'est qu'il ne faut pas voir seulement ce qu'il y a de négatif dans le monde qui nous entoure. C'est vrai qu'il y a beaucoup de foyers brisés, d'enfants abandonnés, de personnes profondément blessées par les relations familiales. C'est vrai que la sexualité est vécue plus souvent comme une activité de loisir que comme un langage amoureux de don de soi profond à l'autre. C'est vrai que de moins en moins de couples choisissent de se marier. Mais il y a aussi des réalités positives vécues dans notre monde d'aujourd'hui. J'ai nommé l'engagement pour l'égalité des hommes et des femmes dans le mariage, le refus de toute violence faite aux enfants ou aux femmes, le rôle grandissant des pères dans la vie affective de leurs enfants, la place donnée à la communication, au respect, à la mutualité des relations. Tout cela est bon, doit être reconnu et célébré par les responsables d'Église. Ce sont comme des pierres d'attente où l'on peut accrocher la vision profondément humanisante que porte l'Église sur la famille, le mariage et la sexualité.

J'ai aussi affirmé que l'Église elle-même pourrait enrichir sa théologie du mariage en engageant ce dialogue avec le monde moderne. Les évêques avaient un grand pas dans cette direction il y a cinquante ans lors du Concile Vatican II. Nous devons les imiter en allant à la rencontre de l'autre, comme nous y invite le Pape François.

Voilà, c'est fait. J'ai vécu quatre minutes de grande nervosité (mes mains en tremblaient) et d'adrénaline. Plusieurs m'ont partagé des mots d'encouragement. Mais ce n'était qu'un discours parmi seize autres cet après-midi. Suivi d'une heure d'échanges libres où chacun disposait de trois minutes pour réagir à ce qu'il avait dit. 

Un évêque a résumé ainsi les propos de cet après-midi:

1. Nous avons un travail important à réaliser dans le renouvellement du langage de l'Église au sujet de la sexualité, du mariage et de la famille; nous devons entre autres passer d'un langage théologique et moralisant à un langage plus biblique et inspirant, qui saura élever les esprits et les coeurs et inviter au meilleur.

2. Nous devons apprivoiser la gradualité de l'expérience chrétienne qui s'élabore dans le temps, souvent assez lentement; d'où l'importance de l'accueil, de l'accompagnement pastoral, de la patience.

3. Nous devons poser un regard d'amitié sur le monde d'aujourd'hui en y cherchant les pierres d'attente (mon expression!) qui permettront d'engager un vrai dialogue des chefs de l'Église avec les gens qui vivent l'expérience de la famille.

Une journée bien remplie, un bon départ, un avant-goût de la richesse de la réflexion qui nous ttend dans les prochains jours. En attendant, je m'en vais me coucher. Bonne nuit!

dimanche 5 octobre 2014

Synode - Jour 0

Hier soir, j'ai intégré ma résidence pour les deux prochaines semaines: le Centre international d'animation missionnaire, situé dans l'enceinte de l'Université Urbaniana sur le sommet de la colline du Janicule en face de la Basilique St-Pierre de Rome. De fait, cette résidence assez modeste jouit d'une vue imprenable sur la Place St-Pierre. Allez à ce site - http://www.ciam-va.com/foto.html - pour y trouver diverses photos qui vous feront connaître ma nouvelle demeure temporaire. Cliquez sur 'camera' pour y découvrir ma chambre toute simple... et sur 'vista del terrazzo' pour jouir de la vue.

Le Secrétariat du Synode a assigné les lieux de résidences aux évêques participants. Je découvre celle-ci pour la première fois. Elle fait partie d'un complexe universitaire que le Vatican a construit au fil des siècles pour la formation spécifique des prêtres de ce qu'on appelait autrefois les 'pays de mission': l'Afrique, l'Asie et l'Océanie. De fait, la vingtaine d'évêques qui résident ici proviennent pour la majorité de ces pays. Au déjeûner, j'ai conversé avec Benjamin Ndiaye, évêque de Kaolack au Sénégal, où les chrétiens forment à peine 1% de la population, noyés dans une mer musulmane; avec Samuel Kleda, archevêque de Douala au Cameroun, qui s'inquiète de la corruption et de la cupidité des classes dirigeantes de sa région; et avec Ignatius Kaigama, archevêque de Jos au Nigéria, aux prises avec le terrorisme du groupe Boko Haran. Je prends rapidement conscience de l'universalité de notre Église catholique; de la diversité des expériences culturelles, politiques et économiques qui nous marque; du point de vue très particulier - et minoritaire - qu'est le mien, venant de l'Amérique du Nord riche, sécularisée et libérale. Nos perspectives sur les 'défis pastoraux de la famille' sont plurielles, nos préoccupations diverses. Je crois que nous allons vivre une rencontre internationale dans le sens profond du mot durant les prochains jours.

L'événement qui nous as réunis en ce jour festif et comme préliminaire du Synode, c'est la messe autour du Pape François. Dans une homélie courte et saisissante comme il sait les faire, il a fait le parallèle entre l'évangile du jour et notre synode. Jésus y présente la parabole de la vigne, dont les gestionnaires cherchent à contrôler le profit à l'encontre du projet du maître. Suivant la vieille tradition des psaumes et des prophètes, Jésus rappelle que la vigne, c'est le Peuple de Dieu. Le maître, c'est Dieu lui-même, qui cultive son Peuple «avec un amour patient et fidèle, pour qu’il devienne un peuple saint, un peuple qui porte beaucoup de fruits de justice». Et les gestionnaires? Aujourd'hui, ce sont un peu nous, les évêques. La question qui tue: sommes-nous comme les gestionnaires de la parabole, trahissant le rêve du maître par cupidité ou par orgueil pour en faire ce que nous en voulons? Le Pape poursuit: «Nous pouvons "décevoir" le rêve de Dieu si nous ne nous laissons pas guider par l’Esprit Saint. Que l’Esprit nous donne la sagesse qui va au-delà de la science, pour travailler généreusement avec vraie liberté et humble créativité.»

Amour du peuple, sagesse, liberté et créativité: voilà des mots-clés à retenir alors que nous entrons en synode. J'espère de tout coeur que ces mots caractériseront notre travail des prochains jours!

samedi 4 octobre 2014

Synode, jour -1

Samedi matin, aéroport de Frankfort, en route pour Rome. 

Demain commence la troisième assemblée extraordinaire du Synode des évêques à laquelle je participerai à titre de président de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Je serai un de 114 présidents de conférences nationales, en plus des chefs des Églises catholiques orientales, des responsables des dicastères qui forment la Curie romaine, des délégués nommés directement par le Pape François, d'observateurs, d'experts et de délégués fraternels: plus de 200 participants, si je ne m'abuse. 

Vous en connaissez certainement le thème: Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation. On en parle beaucoup depuis novembre dernier alors que le secrétariat du Synode envoyait aux conférences épiscopales un questionnaire au sujet de ces défis pastoraux, invitant les évêques à procéder à une large consultation. Il faut rappeler que ce Synode ne fera que dresser la table pour le Synode général qui aura lieu l'an prochain sur le même thème. 

J'ai déjà eu l'honneur de participer à un Synode, celui sur le thème de l'Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Église. C'était en 2005. Jean-Paul II l'avait convoqué et en avait fixé le thème, mais c'est Benoît XVI qui l'avait présidé. Je dois admettre que je n'avais pas été bombardé de lettres, de courriels, d'envois de livres et d'articles, de demandes d'interviews et de conseils de part et d'autre comme je le suis cette fois-ci. C'est signe de l'intérêt que suscite le thème, du suspense que provoque tout ce qui entoure le Pape François, du sérieux de l'enjeu de plusieurs questions qui y seront discutées. Il me semble que tout cela est de santé pour notre Église: l'échange de points de vue ne peut qu'enrichir notre réflexion et mieux orienter notre action auprès des familles d'aujourd'hui.

Assis devant cette grande fenêtre à regarder le soleil levant briller dans les hublots des avions qui arrivent et partent de Frankfort, j'essaie de cerner ce qui m'habite en ce moment. Si je suis honnête, je dois avouer que je me sens un peu débordé. Débordé par la tâche d'évêque diocésain qui est la mienne, par les responsabilités que j'essaie d'exercer dans un diocèse qui, comme tant d'autres, tente de se frayer un chemin d'Évangile dans la modernité qui est la nôtre. Cette semaine, je me suis retrouvé à tenter d'éteindre de nombreux petits feux: découragement de certains, déceptions d'autres, frustrations ici, incompréhensions là. Je n'arrive jamais à me mettre à jour dans la correspondance et les courriels. En plus de cela, j'ai une amie qui est proche de la mort. Elle est trop jeune, trop jeune.  

Je lis des articles très sérieux, très étoffés, au sujet des questions à étudier au Synode, et je voudrais prendre une année sabbatique rien que pour approfondir la théologie du marriage, la pastorale de l'accompagnement, le droit procédural ecclésial et la spiritualité. J'en ai tellement à apprendre.

Oui, je me sens débordé... et petit. Qui suis-je pour parler au nom des évêques du Canada dans cette auguste assemblée, alors que nous avons eu si peu de temps pour nous écouter les uns les autres sur ces sujets si importants? Mon expérience est si limitée, mon point de vue si partiel...

Mais voilà, il faut bien que quelqu'un y soit, que quelqu'un prenne la parole et engage le dialogue. Et, comme pour Matthias, le sort est tombé sur moi. Je dois donc me mettre sérieusement à la recherche de la volonté de Dieu sur moi, dans la prière, l'humilité et l'écoute. Et pour cela, je compte sur vous, amis lecteurs et lectrices: accompagnez-moi, accompagnez-nous tous, par votre prière quotidiennes au fil des deux prochaines semaines. Prions les uns pour les autres afin que tout le Peuple de Dieu puisse saisir ce moment pour réfléchir à nos familles, aux familles qui nous entourent, aux familles de la terre: puissions-nous relever ensemble les défis qui sont nôtres aujourd'hui 'dans le contexte de l'évangélisation'.