lundi 8 août 2011

Un passage difficile

Une méditation sur la deuxième lecture

20e dimanche du temps ordinaire

Lire Romains 11, 13-15.29-32

Saint Pierre a dit des lettres de Paul qu’ « on y trouve des textes difficiles à comprendre » (2 P 3,16). La liturgie de ce dimanche nous en présente un très bon exemple! Voyons d’abord ce qui en rend la lecture si pénible.

La question dont traite Paul dans ce passage fait déjà problème, tant par sa complexité que par sa spécificité. Paul essaie de comprendre le rôle du peuple juif dans l’histoire du salut, en particulier après la résurrection de Jésus. Soyons francs : c’est là une question bien distante de nos préoccupations quotidiennes.

Ensuite, Paul développe son argumentation dans un style qui nous est étranger, le style rabbinique. Il cite des passages de l’Écriture qui ne semblent avoir aucun lien entre eux. Il fait des affirmations très fortes, pour ensuite les nuancer et les tempérer. Il joue avec des symboles, des métaphores, des ressemblances et des contrastes. Il se sert de techniques de raisonnement bien compliquées pour nous.

Si nous ne faisons qu’extraire une phrase ou l’autre de ces textes, sans chercher à les situer dans leur contexte, sans chercher à les replacer dans l’argumentation de l’Apôtre, nous risquons d’en détourner le sens. C’est pourquoi il est si important d’avoir un bon guide de lecture lorsqu’on lit la Bible. L’Église elle-même est le meilleur guide, car elle est appuyée par l’Esprit dans son travail d’interprétation et d’enseignement.

Revenons donc à notre texte d’aujourd’hui. Que pouvons-nous en conclure ? D’abord, une certitude : que Dieu ne revient pas sur sa Parole. Pour toi et pour moi, c’est ce qui fonde notre espérance. Dieu nous a dit son amour dans le Christ, et c’est un amour qui ne changera jamais en dépit de tout ce que nous pourrions faire.

Ensuite, une constatation : cet amour se révèle à nous comme miséricorde. En effet, personne ne peut mériter l’amour de Dieu. Paul divise le monde de son temps en deux groupes : les Juifs et les païens. Pour Paul, les Juifs ne méritent pas l’amour de Dieu, parce qu’ils n’ont pas reconnu le Messie. Les païens non plus ne méritent pas l’amour de Dieu, parce qu’ils n’ont pas reconnu sa loi dans leurs cœurs. Conclusion : personne ne mérite l’amour de Dieu.

Pourtant, nous sommes tous aimés de Dieu, Juifs autant païens. Et cet amour non mérité doit être accueilli comme miséricorde. La réponse de ceux et celles qui ont fait cette expérience de miséricorde, c’est d’en vivre à tous les jours et de l’annoncer à tous les peuples. Voilà la mission qui nous est confiée, voilà le défi que nous devons relever.

Paul est parfois difficile à saisir, certes, mais son enseignement est toujours important. Voilà pourquoi ça vaut la peine de chercher à le comprendre.

vendredi 5 août 2011

Peuple Juif, peuple choisi

Une méditation sur la deuxième lecture du 19e dimanche du temps ordinaire – Année A

Lire Romains 9, 1-5

La liturgie du dimanche qui vient aborde une nouvelle section de la lettre de Saint Paul aux Romains, les chapitres neuf à onze. Ils sont consacrés à une question très particulière, à savoir le statut du peuple juif dans la perspective chrétienne.

Le vingtième siècle a été témoin de l’aboutissement horrible de générations d’anti-sémitisme. En effet, le massacre de près de six millions de juifs durant la seconde guerre mondiale sous le régime nazi n’est pas arrivé comme un cheveu sur la soupe. Pendant des siècles, les chrétiens avaient entretenu des préjugés contre les juifs. On disait de ces derniers qu’ils étaient coupables de déicide, puisqu’ils avaient condamné le Christ. On les disait maudits par Dieu, condamnés à l’enfer. On les persécutait, on les obligeait à vivre dans des ghettos, on ne les considérait presque pas humains.

Pourtant, ce n’est pas ainsi que Paul voyait ses frères et sœurs du judaïsme. Dans l’extrait d’aujourd’hui, il rappelle tout ce qui fait la beauté de la religion juive : ils sont adoptés, choisis par Dieu; ils voient la gloire de Dieu habitant son temple à Jérusalem; ils continuent à vivre sous les alliances avec le patriarche Noé, le prophète Moïse et le roi David; ils suivent une loi juste et intègre; ils célébrent le culte du temple et de la synagogue; leur espérance est nourrie par la promesses d’un Messie. Pour Paul, leur plus haute gloire, c’est d’avoir donné la naissance à ce Messie, Jésus de Nazareth, lui-même un Juif.

Paul reconnaît tout ce que Dieu fait de beau et de grand dans le peuple juif, et Paul aime ce peuple. Il serait prêt à être retranché du Christ lui-même si cela pouvait aider ses frères et sœurs à reconnaître en Jésus l’envoyé, le fils de Dieu.

Paul nous donne ici un exemple. Il nous invite à rendre grâces à Dieu pour le peuple juif, nos grands frères et nos grandes sœurs dans la foi en nous rappelant tout ce que Dieu a fait pour ce peuple. Et il nous invite à aimer ce peuple, que nous connaissons si peu et si mal.

Comme l’avait fait Jean-Paul II durant le jubilé de l’an 2000, demandons pardon pour nos propres préjugés, nos propres ignorances à l’égard de ce peuple qui a tant souffert. Portons-le dans notre prière : il est toujours le peuple choisi, car Dieu est fidèle à ses choix. Juifs ou chrétiens, nous cheminons vers le même Royaume de Dieu. Il ne faudrait jamais l’oublier.

jeudi 21 juillet 2011

L'Esprit de la prière

Une méditation sur la deuxième lecture du 16e dimanche du temps ordinaire, Année A

Lire Romains 8, 26-27

Je devais interpeller le président de l’université, au nom des étudiants de ma faculté, au sujet d’un conflit qui opposait un de nos professeurs à notre doyen. C’était une situation à la fois tendue et délicate. Combien d’heures avais-je passé à mettre de l’ordre dans mes idées, à bien roder mes arguments, à préparer mon intervention. Je voyais approcher l’heure de la rencontre avec beaucoup d’anxiété et de nervosité. Enfin, le moment arriva où je devais prendre la parole devant le sénat : mon cœur se débattait, ma voix s’était asséchée, mais j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai dit ce que j’avais à dire.

Ne nous arrive-t-il pas parfois de nous présenter ainsi devant Dieu ? Nous approchons la prière avec inquiétude, incertains que Dieu va vraiment nous écouter. Nous nous tenons là, seuls devant l’immensité divine. La prière ressemble alors à un combat. Quelle paix pourrait nous venir d’une telle rencontre ?

Pourtant, Saint Paul nous assure dans ce passage de la lettre aux Romains qu’il en va tout autrement avec le Dieu de Jésus-Christ. C’est que l’Esprit du Père et du Fils nous habite, il souffle en nous, il prie en nous. Lorsque nous venons à la prière, nous ne sommes pas seuls face à Dieu : Dieu est déjà présent en nos cœurs par son Esprit qui vit en nous.

De fait, le désir de prier est déjà un fruit de l’action de l’Esprit en nous. Sans l’Esprit, ni le besoin, ni le goût de prier ne se font sentir. Prier, c’est laisser libre cours à l’Esprit qui, en nous, élève notre cœur vers le Père en nous unissant à la prière du Fils.

Car l’Esprit qui prie en nous, c’est aussi l’Esprit qui a inspiré la prière de Jésus. En nous laissant ainsi porter par l’Esprit, notre prière est unie à la prière éternelle de Jésus devant son Père au ciel. C’est alors que nous prions vraiment « en son nom. » C’est alors que nous sera accordé tout ce que nous demandons, car ce que nous demandons est déjà accordé à la volonté de Dieu.

La prière n’est pas une liste de besoins qu’il faut présenter à Dieu, mais une ouverture de toute notre âme au désir de Dieu lui-même, désir de justice, de paix et de joie que Jésus appelle « Le Royaume. »

La prière n’est pas une épreuve qu’il nous faut traverser, mais le radeau qui nous permet de traverser la mer de nos épreuves.

La prière n’est pas un face-à-face avec Dieu. La prière est communion avec Dieu, puisque l’Esprit de Dieu, soufflant en nous, nous introduit à la vie même de Dieu.

mardi 24 mai 2011

Avec douceur et respect

Une méditation sur la deuxième lecture du 6e dimanche de Pâques, Année A:

I Pierre 3, 15-18

À l’époque où saint Pierre écrit sa première lettre, les chrétiens et chrétiennes sont souvent traînés devant les tribunaux où on les accuse de toutes sortes de crimes. Cette persécution mine la confiance et la foi de ces jeunes communautés. Une des raisons qui pousse Pierre à écrire cette lettre, c’est de les encourager à ne pas abandonner. Il leur rappelle qu’ils passent par le même chemin que Jésus, lui le juste qui a été injustement accusé et condamné. Il leur rappelle que Jésus, ressuscité dans l’Esprit, doit être pour eux une source de courage et de persévérance.

Il y a encore aujourd’hui des parties du monde où être chrétien demeure dangereux. Vivre en chrétien l’est encore plus. S’engager pour la justice au nom de l’Évangile dérange, provoque, menace les pouvoirs économiques et civils. Encore aujourd’hui, il y a des martyrs : en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie. Ces hommes et ces femmes continuent à suivre Jésus jusqu’au bout. Ils prennent à cœur la parole de Pierre : « Mieux vaut souffrir en faisant le bien, si telle est la volonté de Dieu, qu’en faisant le mal. »

Nous n’avons pas à relever de semblables défis chez nous. Mais le christianisme n’a plus la belle figure qu’on lui prêtait autrefois. Chrétiens et chrétiennes sont de plus en plus vus « de travers » : on se moque de leur foi, on les trouve dépassés, parfois même bigots et superstitieux. On se fait traîner devant les tribunaux de l’opinion publique et des médias à cause de notre attachement à la famille, à cause de notre défense de la vie des enfants à naître, à cause de notre engagement pour la justice sociale. Même nos amis, même nos enfants (et parfois nos parents) nous accusent d’être vieux jeu ou un peu ridicules parce que nous nous rendons à l’église le dimanche et que nous continuons à prier à tous les jours.

Parfois, nous réagissons avec amertume, même avec colère. On écrit des lettres bêtes à l’éditeur du journal, on s’engage dans des discussions vaines avec les voisins, on s’argumente avec la parenté. Devant cette réalité, les paroles de Pierre nous rappellent à l’ordre : « Soyez toujours prêts à donner la raison de votre espérance à ceux qui vous la demande, mais que ce soit avec douceur et respect. »

Il ne s’agit pas de montrer aux autres qu’ils ont tort ou qu’ils sont dans l’erreur : il s’agit de leur partager simplement ce qui nous fait espérer. Et Pierre nous dit comment le faire : doucement, respectueusement. C’est une Bonne Nouvelle qui nous habite : la bonté, la beauté de cette Nouvelle doivent être évidents lorsqu’on en parle avec d’autres. La joie qui est nôtre devrait attirer ; la consolation qui est nôtre devrait intriguer ; la conviction qui est nôtre devrait inspirer. En fin de compte, c’est cela, évangéliser.

C’est dans l’Esprit que Jésus est ressuscité. Ce même Esprit saura nous faire passer les petites morts de chaque jour pour en faire jaillir la vie non seulement pour nous-mêmes, mais pour tous ceux que nous rencontrons sur notre route.