samedi 20 juillet 2013

Pénétrer le mystère

Lire Colossiens 1, 24-28

Lorsque nous essayons d’expliquer ce que nous entendons par « Dieu », les mots viennent difficilement, les concepts échouent et les raisonnements s’effondrent. Nous ressemblons à une ancienne calculatrice de poche qui, confrontée à un calcul qui dépasse ses capacités, affiche « ERREUR ». C’est pourquoi nous affirmons que Dieu est un mystère. Pourtant, un mystère n’est pas un problème à résoudre, comme si le concept de Dieu s’apparentait à une version un peu plus complexe de la théorie générale de la relativité. Il faut plutôt comprendre le mystère comme une réalité universelle dont la profondeur et le sens, même s’ils nous échappent, ne cessent de nous interpeller. Nous sommes à la fois fascinés et dépassés par le mystère de Dieu. Ce mystère fait signe, il nous invite à entrer dans son obscurité afin d’en découvrir la lumière et la gloire.



Telle fut l’expérience de Saint Paul. Avant sa rencontre avec le Christ ressuscité, sa connaissance de Dieu était partielle et obscurcie. En acceptant la souffrance du Christ pour lui, en acceptant l’obscurité de la Croix, Paul a pu découvrir la luminosité de l’amour de Dieu non seulement pour lui, mais pour le monde entier. Il peut alors se réjouir des difficultés que son ministère lui occasionne, car en s’unissant plus intimement au Jésus souffrant, il découvre plus amplement l’amour vivifiant de Dieu. C’est pourquoi il peut écrire ces mots étranges, mais si beaux : « Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous, car ce qu’il reste à souffrir des épreuves du Christ, je l’accomplis dans ma propre chair, pour son corps qui est l’Église. »

Grâce aux épreuves qu’entraîne son ministère, grâce au rejet et à la souffrance qu’il éprouve à cause de sa foi, Paul s’approche d’une meilleure compréhension, d’une expérience plus riche de la profondeur de l’amour même de Dieu pour tous les peuples. Voilà le « mystère » dans lequel nous pouvons tous pénétrer : « Le Christ est au milieu de vous, lui, l’espérance de la gloire! » Paul nous invite donc à entrer dans ce mystère afin de connaître la plénitude de cette gloire. Voilà la grande mission de sa vie, l’immense tâche qu’il a acceptée et pour laquelle il est prêt à souffrir et à mourir.

Ceux et celles qui savent vraiment ce que signifie aimer savent aussi que l’amour est souvent coûteux et douloureux. Il exige que nous mourions à nous-mêmes afin que d’autres puissent parvenir à une vie plus épanouie. Un parent qui souffre par amour pour son enfant, un conjoint qui se donne entièrement pour soigner une épouse ou un mari, un travailleur social qui pleure les douleurs d’une famille brisée, un professionnel de la santé qui est déchiré par les ravages d’une maladie : tous entrent dans ce sombre mystère qui, s’il est vécu dans l’amour, peut donner accès à la lumière. Le « mystère » qui a été caché depuis tous les temps devient alors source de sens et d’espérance.

Sans amour, les épreuves et les douleurs de cette vie ne peuvent que nous épuiser et nous abattre. Vécus dans l’amour, ils peuvent devenir un moyen de connaître le mystère de Dieu, d’entrer dans ce mystère avec Jésus, d’être soutenus et renouvelés par ce mystère. Telle fut l’expérience de Saint Paul. Puisse-t-elle aussi être la nôtre.

dimanche 14 juillet 2013

Seigneur, Sauveur

Lire Colossiens 1, 15-20

Les spécialistes de la Bible croient que le texte qui nous est proposé aujourd'hui n'est pas de la plume de Saint Paul: il s'agirait plutôt d'une hymne déjà connue à Colosses (ville près d'Éphèse en Turquie) que Paul cite pour en développer les arguments et les conséquences. Si tel est le cas, cette hymne au Christ est l'une des plus anciennes qui nous ait été préservée, remontant pratiquement à la naissance de l'Église.

Elle se décline en deux strophes. La première évoque le rôle du Christ depuis toute éternité alors qu'il participe à l'oeuvre créatrice de Dieu le Père; la seconde célèbre le rôle du Christ dans l'histoire alors qu'il ressuscite d'entre les morts, portant ainsi à son achèvement l'oeuvre de réconciliation du Père.

Dans l'évolution de la conscience religieuse d'Israël, Yahvé est d'abord apparu comme le libérateur, le rédempteur qui a sauvé son peuple de l'esclavage en Égypte. Ce n'est que plusieurs siècles plus tard qu'on a compris que Yahvé était également à l'origine du monde, qu'il était créateur de l'univers. (Le récit de la création dans le livre de la Genèse a été rédigé au 9e siècle avant Jésus-Christ, alors que l'Exode avait eu lieu trois siècles plus tôt.)

Ainsi en a-t-il été face pour les premiers chrétiens face au Christ. On a d'abord compris que sa croix et sa résurrection accomplissaient la libération définitive de l'humanité, alors qu'il surmontait le mal et la mort une fois pour toutes. Lentement a-t-on compris qu'il était aussi lié l'acte créateur du Père avant tous les siècles, en dehors du temps.

L'hymne aux Colossiens est le fruit de cette prise de conscience. Le Christ nous est présenté intimement associé à l'oeuvre du Père. Il participe à la création, "car en lui tout a été créé". Même plus: tout a été créé "pour lui", c'est-à-dire, en vue du Christ. Car il incarne la perfection même de la création. Il manifeste l'étape ultime de l'évolution humaine, ce vers quoi tend tout l'univers. Les évêques rassemblés au Concile Vatican II il y a cinquante ans l'ont exprimé ainsi: "Le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation." (Gaudium et spes, no 22)



L'hymne continue: non seulement le Christ participe-t-il à l'acte créateur du Père, il joue un rôle central dans le plan salvifique du Père. Car Dieu veut que la création surmonte la blessure causée par le péché des humains. Et le Christ, en qui habite "toute plénitude", vient réconcilier toutes choses par sa mort et sa résurrection: il a "établi la paix par le sang de sa croix".

À ces deux rôles du Christ correspondent deux titres: "Seigneur de l'univers" et "Sauveur de l'humanité". Il est le modèle parfait de l'humanité, auquel je tends de tout mon être. Le plus je lui ressemble, le plus je deviens tout ce que je suis appelé à être. Ainsi chantaient nos grands-parents: "Ô Jésus, doux et humble de coeur, rendez mon coeur semblable au vôtre." 

Mais le Christ est aussi celui qui me relève de mes erreurs et de mes fautes: il me libère de ce qui m'empêche de devenir tout ce que je suis appelé à être. C'est pourquoi nos grands-parents ajoutaient: "Ô Jésus, doux et humble de coeur, brûlez mon coeur au feu du vôtre." 

samedi 6 juillet 2013

Tout un tatouage!

Lire Galates 6, 14-18

Pour les Juifs, la circoncision des mâles est le signe physique essentiel de l’appartenance au Peuple choisi, un signe inscrit de façon permanente dans la chair, de façon encore plus radicale qu’un simple tatouage. Dans le récit où Dieu établit son Alliance avec Abraham, c’est Dieu lui-même qui fixe cette loi pour tous les descendants de ce dernier. Les historiens des religions discutent du sens de la circoncision dans l’ancien Moyen-Orient : serait-ce un signe d’appartenance, un sacrifice sanglant ou un rite de passage? Quoi qu’il en soit, la loi de la circoncision pour les hommes juifs ne connaissait pas d’exception. Un païen qui désirait devenir juif devait se faire circoncire.

Voilà le nœud du problème qui pose difficulté aux Galates nouvellement convertis à la foi en Jésus-Christ. Venus des religions traditionnelles grecques, ils ne connaissent rien aux lois d’Israël. Saint Paul, qui leur a proclamé l’Évangile, leur a fait comprendre qu’ils ne devaient pas s’occuper de ces lois, puisque le salut vient de la foi en Jésus, Sauveur du monde. Mais d’autres disciples, qui ont grandi dans le judaïsme, ne le voient pas ainsi. Pour eux, Jésus est juif, il n’est pas venu abolir la Loi. Alors, pour suivre Jésus, il faut aussi se soumettre à la loi juive. Conclusion : ces nouveaux chrétiens doivent se faire circoncire.

Pour Paul, cette question symbolise le conflit fondamental entre deux façons de comprendre notre relation à Dieu. Cette relation dépend-elle d’abord de ce que je fais à l’égard de Dieu, ou dépend-elle d’abord de ce que Dieu fait à mon égard? Pour Paul, la réponse est claire : Dieu est venu vers nous en son fils Jésus, il s’est penché sur nous dans son grand amour — manifesté sur la croix — et il nous a libérés des puissances du mal en nous donnant son Esprit. Tout vient de Dieu. Tout est grâce.

Selon Paul, croire en la circoncision comme nécessaire au salut -- ou en n’importe quelle autre condition que nous aurions à rencontrer --, c’est glisser vers cet orgueil qui veut nous faire croire que nous pouvons nous sauver nous-mêmes. C’est nier la gratuité de l’amour de Dieu pour nous. C’est affirmer que la mort de Jésus n’est pas l’événement central de cette histoire d’amour. C’est nous aligner avec l’esprit du « monde » plutôt qu’avec l’Esprit de Jésus.

Voilà pourquoi Paul affirme de façon radicale : « La croix de notre Seigneur Jésus Christ reste mon seul orgueil... Ce qui compte, ce n’est pas d’avoir ou de ne pas avoir de circoncision, c’est la création nouvelle. »

Dans cette « création nouvelle », la Loi se résume à l’amour inconditionnel, amour reçu de Dieu, amour partagé avec les autres. C’est par amour que Paul avait été lapidé et flagellé : voilà les seules « marques » qu’il porte dans son corps et qui ont un sens pour lui.

Ce même amour, enfin, permet à Paul de finir cette lettre abrupte et raide avec des mots de tendresse à l’égard des Galates : « Frères, » les appelle-t-il malgré la controverse qui les oppose, « que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. » À une telle prière qui recherche l’unité au-delà des conflits, nous ne pouvons que répondre avec Paul : « Amen! »

vendredi 28 juin 2013

Qu'est-ce que la liberté?

Lire Galates 5,1. 13-18

Dans ces quelques phrases, Paul développe une série de contrastes qu'on peut lister ainsi: la liberté vs l'esclavage; le service vs l'égoïsme; vivre vs détruire; la conduite de l'Esprit vs les tendances de la chair.

Les seconds termes sont liés de telle sorte qu'on peut en conclure que l'être humain est esclave s'il se laisse mener par les tendances de son égoïsme (que Paul identifie à "la chair"). Cet esclavage conduit à la dissolution de toute communauté humaine et à la destruction des personnes.

Paul suggère que même une personne très religieuse peut être esclave de son égoïsme. Si elle se sert de sa pratique religieuse pour se gonfler d'orgueil devant Dieu, pour plier Dieu à sa propre volonté, pour se considérer comme supérieure aux autres, alors elle est prise dans un esclavage spirituel. La religion n'est alors rien d'autre qu'une Loi rigide, aliénante et meurtrière.

Paul propose une autre possibilité: la liberté. Qu'est-ce que la liberté selon lui? Elle se trouve dans une vie consacrée au service des autres sous la conduite de l'Esprit de Dieu.

Une religion vécue sous ce mode invite à l'humble confiance devant Dieu, à la recherche de la volonté de Dieu en toutes choses, à l'accueil de chaque être humain comme un frère ou une soeur en marche avec nous vers la vie.

La clé d'une telle religion, c'est l'amour. "Toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici: Tu aimeras ton prochain comme toi-même." La Loi devient alors chemin de liberté: nous ne vivons plus notre religion comme des sujets passifs, mais comme des acteurs engagés, créateurs, ouverts au souffle de l'Esprit.

De telles considérations nous invitent à comprendre la liberté d'une façon bien différente que la culture contemporaine, qui n'y voit que l'absence de contraintes et la possibilité de faire tout ce que l'on désire sans limites. Dans notre culture occidentale, nous recherchons à être "libres de": libres des règlements, libres des opinions, libres de la morale, libres du travail, libres du devoir.


L'Évangile nous propose plutôt de chercher à être "libres en vue de": libres en vue du service des autres, libres en vue d'un monde plus juste et plus fraternel, libres pour nouer des relations tissées de fidélité, de fécondité et de tendresse. Autrement, la liberté risque de n'être qu'une nouvelle forme d'esclavage. "Si le Christ nous a libérés, c'est pour que nous soyons vraiment libres."


dimanche 23 juin 2013

Ni homme, ni femme...

Lire Galates 3, 26-29

Aux lecteurs et lectrices du vingt-et-unième siècle que nous sommes, ce passage de la lettre aux Galates ressemble étrangement à un article d'une "charte des droits humains", affirmant l'égale dignité de chaque personne devant la loi, quelle que soit "la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l'âge ou les déficiences mentales ou physiques" (pour reprendre le langage de la charte canadienne des droits et libertés). Je doute qu'une telle lecture corresponde tout à fait à ce que Paul essayait de dire à son époque. Par contre, il y a sans doute des liens entre ce texte et la reconnaissance des droits humains au vingtième siècle.

Tentons d'abord de retrouver le sens original de ce passage. Remettons ces quelques versets dans leur contexte: Paul lutte contre la perception de certains de ces frères et soeurs qui pensent qu'il y aurait deux "régimes" dans le plan salvifique de Dieu: un pour les Juifs, un second pour les païens. Il commence par rappeler la promesse faite à Abraham 1800 années avant le temps du Christ (Ga 3,15). D'après le livre de la Genèse, Yahvé avait dit à Abraham: "J'établirai mon alliance entre moi, toi, et après toi les générations qui descendront de toi: cette alliance perpétuelle fera de moi ton Dieu et Celui de ta descendance après toi" (Gn 17,7). Paul souligne que le texte parle de "la descendance" au singulier, et il affirme que, prophétiquement, ce texte parlait déjà de Jésus, celui en qui s'accomplirait la promesse du Père.

Ainsi, la vraie descendance d'Abraham ne serait pas seulement le peuple Juif, mais plutôt toute personne qui, par le baptême, est unie au Christ: "Par la foi en Jésus Christ, la promesse a été accomplie pour les croyants." (Ga 3, 22) Maintenant, Paul tire sa conclusion: si nous sommes unis au Christ, nous sommes unis entre nous, et il ne peut y avoir de différence entre nous sur le plan du salut. Il n'y a pas une loi pour les Juifs (celle de Moïse) et une autre pour les grecs (qu'il aurait fallu élaborer): il n'y a que la foi partagée en celui qui nous unit. Car nous formons tous, en Jésus, la "descendance d'Abraham". Voilà le sens premier de notre texte d'aujourd'hui.

Mais Paul pousse plus loin sa pensée. Et c'est ici que ça devient vraiment intéressant pour nous. Non seulement les Juifs et les païens sont-ils unis dans une foi commune et dans un héritage spirituel commun, les esclaves et les hommes libres le sont aussi. Et encore plus, les hommes et les femmes. On pourrait presque dire que Paul ici se fait prophète. Car en général, lorsqu'il explique dans ses lettres la réponse qu'ils doivent donner au salut offert en Jésus, Paul différencie entre l'esclave et l'homme libre, entre l'homme et la femme. En cela, il demeure un homme de son temps. Mais dans ces quelques versets de la lettre aux Galates, il ouvre un nouvel horizon à la jeune Église.



Cela prendra des siècles pour que les chrétiens comprennent que l'unité dans le Christ, sans effacer les différences, abolit toutes les séparations entre nous. Ce n'est que dans les derniers siècles que les chrétiens ont vraiment compris l'égale dignité de l'esclave et de l'homme libre, de la femme et de l'homme. Et il nous reste du chemin à faire. Ce passage de Paul peut nous inspirer et nous encourager à continuer à lutter pour établir l'égale dignité de chaque être humain devant Dieu. L'unité des croyants et des croyantes dans le Christ doit devenir une réalité de plus en plus vraie: ce n'est qu'ainsi que l'Église peut vraiment être un signe prophétique dressé devant le monde. Peut-être ne devrait-on pas être surpris si les chartes de droits humains ont été élaborées dans des pays marqués par la tradition chrétienne: petit à petit, l'Évangile fait son chemin.

jeudi 13 juin 2013

De la dépendance à l'autonomie à l'interdépendance

Lire Galates 2, 19-21

Un bébé, c’est complètement dépendant. Il ne peut rien faire pour lui-même, il doit tout attendre des autres : sa nourriture, son vêtement, sa propreté, sa protection. À mesure qu’il grandit, il apprend à prendre soin de lui-même : il s’habille, aide à préparer ses repas, se lave et s’essuie, se défend. Rendu adolescent ou adulte, il doit développer les ressources qui lui permettront de gagner sa vie, d’acheter sa nourriture et ses habits, de louer ou d’acheter une résidence. Il devient de plus en plus indépendant, autonome. Il grandit.

Pourtant, les jeunes font en même temps une expérience parallèle qui semble contraire à cette croissance dans l’autonomie : ils se découvrent amoureux. Ils trouvent leur bonheur à être avec un autre, à passer du temps en sa compagnie. Ils découvrent même qu’ils sont malheureux sans l’autre. C’est comme si l’indépendance qu’ils avaient mis tant d’années à conquérir était devenue pour eux une source de tristesse et d'esseulement.

De la dépendance à l’autonomie à l’interdépendance : quelqu’un a décrit ainsi le cheminement de la maturité personnelle. On pourrait en dire autant de la maturité spirituelle.

En effet, l’humanité a vécu une époque de totale dépendance face au divin. On s’imaginait que tout dépendait de Dieu : la température, la santé, la fertilité, la bonne chance. On multipliait les prières et les rites pour s’attirer la bonne volonté divine afin que Dieu fasse arriver les événements comme on les voudrait. Mais au fil des siècles, on a appris l’autonomie du monde. La température ne dépend pas de Dieu, mais des courants climatologiques. La santé et la maladie sont fonction de la nourriture et de l’exercice, des gènes et des produits toxiques. La fertilité s’analyse et se contrôle. Et la bonne chance, comme la mauvaise chance, n’est que le produit du hasard.

Pourtant, cette autonomie de l’humanité nous laisse dans un état profond de solitude, d’aliénation. La vie perd son sens, les valeurs n’ont plus de boussole. C’est alors qu’on redécouvrir Dieu, non pas comme une figure autoritaire qui vient nous dominer, mais comme un Autre qui vient à notre rencontre pour vivre avec nous une relation profonde et transfigurante. On découvre l’interdépendance avec le divin. Alors, avec Saint Paul, on peut connaître la joie de dire : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. »


C’est dans cette relation-là que je me découvre pleinement vivant. Car je ne suis fait ni pour la dépendance, ni pour l’autonomie, mais pour la relation avec Celui qui m’a créé et m’a donné la vie.

mercredi 5 juin 2013

Tout un changement de perspective!

Lire Galates 1, 11-19

Vous êtes-vous déjà amusés à consulter le rayon des livres d'auto-assistance dans une librairie? Quelle profusion dans ces textes dont les auteurs prétendent tenir la clé du succès: vous n'auriez qu'à suivre tel conseil, qu'à adopter tel programme, et vous trouveriez le bonheur! Mais nous savons tous que ce n'est pas vrai. Si ça l'était, tout le monde serait déjà heureux. Non, le bonheur ne semble pas se trouver au bout d'un programme ou d'une série de trucs. Et pourtant, nous continuons tous à croire qu'avec un peu plus d'effort, un peu plus de fidélité au programme, on y arriverait. On dirait que cette mentalité est inscrite dans notre ADN.

C'est justement contre cette mentalité que s'érige Saint Paul dans sa lettre aux Galates. Dans le contexte précis qui est le sien, le programme qui l'exaspère est celui du système de lois élaborées par sa tradition religieuse juive. Il avait suivi ce programme à la lettre, il en connaissait toutes les arcanes, il s'était montré le plus minutieux de sa génération dans son observance, et pourtant... Ce programme ne lui avait pas donné une fraction de la joie et de la paix qu'il avait découvertes dans sa rencontre avec Jésus ressuscité. Cette expérience avait tout bouleversé, complètement changé sa façon de voir. Il était devenu convaincu que son bonheur ne dépendait pas de sa fidélité à l'égard de Dieu, mais de la fidélité de Dieu à son égard. Quel renversement de perspective.

Cette conviction est au coeur de l'Évangile qu'annonce Paul. Elle n'est pas le fruit de sa cogitation personnelle, ni d'une tradition de sagesse humaine, ni d'une délibération académique: elle lui vient de Celui qu'il a rencontré sur le chemin de Damas, le Christ lui-même.

Mais la conviction de Paul n'était pas partagée par tous les disciples de Jésus. Quelques-uns croyaient que Jésus était simplement venu "ajuster le système", le perfectionner un peu. Ceux-ci réduisaient l'Évangile à un nouveau livre d'auto-assistance spirituelle, une version "améliorée" de la tradition juive bien connue. Pleins de bonne volonté, ils passaient derrière Paul pour "corriger" son enseignement. Là où Paul annonçait qu'aucun effort personnel ne pouvait mener au bonheur, au salut, eux insistaient pour que les gens fassent un petit effort de plus. Là où Paul proclamait que l'amour divin devait être reçu comme un don, eux rappelaient qu'il fallait se mériter cet amour en se pliant aux exigences de la loi. Là où Paul expliquait que son enseignement venait du Christ lui-même, eux s'armaient de l'autorité de quelques chefs de la jeune Église.

Ce conflit de visions pour Paul n'était pas simplement une question de sensibilité ou de spiritualité personnelle. Pour lui, l'essence de l'Évangile était en jeu. Cela explique la véhémence de sa lettre aux Galates, le ton méchant qu'il y déploie parfois en parlant de ses opposants, le radicalisme de ses propos. Il faut comprendre que pour Paul tout s'appuie sur le moment séminal de sa rencontre de Jésus: "Cet évangile que je vous ai annoncé n'est pas de l'homme: et d'ailleurs, ce n'est pas par un homme qu'il m'a été transmis ni enseigné, mais par une révélation de Jésus-Christ."


Au fil des prochains dimanches, nous méditerons quelques autres passages de cette lettre aux Galates, essentielle pour notre compréhension non seulement de Saint Paul mais de l'Évangile lui-même.