dimanche 5 octobre 2014

Synode - Jour 0

Hier soir, j'ai intégré ma résidence pour les deux prochaines semaines: le Centre international d'animation missionnaire, situé dans l'enceinte de l'Université Urbaniana sur le sommet de la colline du Janicule en face de la Basilique St-Pierre de Rome. De fait, cette résidence assez modeste jouit d'une vue imprenable sur la Place St-Pierre. Allez à ce site - http://www.ciam-va.com/foto.html - pour y trouver diverses photos qui vous feront connaître ma nouvelle demeure temporaire. Cliquez sur 'camera' pour y découvrir ma chambre toute simple... et sur 'vista del terrazzo' pour jouir de la vue.

Le Secrétariat du Synode a assigné les lieux de résidences aux évêques participants. Je découvre celle-ci pour la première fois. Elle fait partie d'un complexe universitaire que le Vatican a construit au fil des siècles pour la formation spécifique des prêtres de ce qu'on appelait autrefois les 'pays de mission': l'Afrique, l'Asie et l'Océanie. De fait, la vingtaine d'évêques qui résident ici proviennent pour la majorité de ces pays. Au déjeûner, j'ai conversé avec Benjamin Ndiaye, évêque de Kaolack au Sénégal, où les chrétiens forment à peine 1% de la population, noyés dans une mer musulmane; avec Samuel Kleda, archevêque de Douala au Cameroun, qui s'inquiète de la corruption et de la cupidité des classes dirigeantes de sa région; et avec Ignatius Kaigama, archevêque de Jos au Nigéria, aux prises avec le terrorisme du groupe Boko Haran. Je prends rapidement conscience de l'universalité de notre Église catholique; de la diversité des expériences culturelles, politiques et économiques qui nous marque; du point de vue très particulier - et minoritaire - qu'est le mien, venant de l'Amérique du Nord riche, sécularisée et libérale. Nos perspectives sur les 'défis pastoraux de la famille' sont plurielles, nos préoccupations diverses. Je crois que nous allons vivre une rencontre internationale dans le sens profond du mot durant les prochains jours.

L'événement qui nous as réunis en ce jour festif et comme préliminaire du Synode, c'est la messe autour du Pape François. Dans une homélie courte et saisissante comme il sait les faire, il a fait le parallèle entre l'évangile du jour et notre synode. Jésus y présente la parabole de la vigne, dont les gestionnaires cherchent à contrôler le profit à l'encontre du projet du maître. Suivant la vieille tradition des psaumes et des prophètes, Jésus rappelle que la vigne, c'est le Peuple de Dieu. Le maître, c'est Dieu lui-même, qui cultive son Peuple «avec un amour patient et fidèle, pour qu’il devienne un peuple saint, un peuple qui porte beaucoup de fruits de justice». Et les gestionnaires? Aujourd'hui, ce sont un peu nous, les évêques. La question qui tue: sommes-nous comme les gestionnaires de la parabole, trahissant le rêve du maître par cupidité ou par orgueil pour en faire ce que nous en voulons? Le Pape poursuit: «Nous pouvons "décevoir" le rêve de Dieu si nous ne nous laissons pas guider par l’Esprit Saint. Que l’Esprit nous donne la sagesse qui va au-delà de la science, pour travailler généreusement avec vraie liberté et humble créativité.»

Amour du peuple, sagesse, liberté et créativité: voilà des mots-clés à retenir alors que nous entrons en synode. J'espère de tout coeur que ces mots caractériseront notre travail des prochains jours!

samedi 4 octobre 2014

Synode, jour -1

Samedi matin, aéroport de Frankfort, en route pour Rome. 

Demain commence la troisième assemblée extraordinaire du Synode des évêques à laquelle je participerai à titre de président de la Conférence des évêques catholiques du Canada. Je serai un de 114 présidents de conférences nationales, en plus des chefs des Églises catholiques orientales, des responsables des dicastères qui forment la Curie romaine, des délégués nommés directement par le Pape François, d'observateurs, d'experts et de délégués fraternels: plus de 200 participants, si je ne m'abuse. 

Vous en connaissez certainement le thème: Les défis pastoraux de la famille dans le contexte de l'évangélisation. On en parle beaucoup depuis novembre dernier alors que le secrétariat du Synode envoyait aux conférences épiscopales un questionnaire au sujet de ces défis pastoraux, invitant les évêques à procéder à une large consultation. Il faut rappeler que ce Synode ne fera que dresser la table pour le Synode général qui aura lieu l'an prochain sur le même thème. 

J'ai déjà eu l'honneur de participer à un Synode, celui sur le thème de l'Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Église. C'était en 2005. Jean-Paul II l'avait convoqué et en avait fixé le thème, mais c'est Benoît XVI qui l'avait présidé. Je dois admettre que je n'avais pas été bombardé de lettres, de courriels, d'envois de livres et d'articles, de demandes d'interviews et de conseils de part et d'autre comme je le suis cette fois-ci. C'est signe de l'intérêt que suscite le thème, du suspense que provoque tout ce qui entoure le Pape François, du sérieux de l'enjeu de plusieurs questions qui y seront discutées. Il me semble que tout cela est de santé pour notre Église: l'échange de points de vue ne peut qu'enrichir notre réflexion et mieux orienter notre action auprès des familles d'aujourd'hui.

Assis devant cette grande fenêtre à regarder le soleil levant briller dans les hublots des avions qui arrivent et partent de Frankfort, j'essaie de cerner ce qui m'habite en ce moment. Si je suis honnête, je dois avouer que je me sens un peu débordé. Débordé par la tâche d'évêque diocésain qui est la mienne, par les responsabilités que j'essaie d'exercer dans un diocèse qui, comme tant d'autres, tente de se frayer un chemin d'Évangile dans la modernité qui est la nôtre. Cette semaine, je me suis retrouvé à tenter d'éteindre de nombreux petits feux: découragement de certains, déceptions d'autres, frustrations ici, incompréhensions là. Je n'arrive jamais à me mettre à jour dans la correspondance et les courriels. En plus de cela, j'ai une amie qui est proche de la mort. Elle est trop jeune, trop jeune.  

Je lis des articles très sérieux, très étoffés, au sujet des questions à étudier au Synode, et je voudrais prendre une année sabbatique rien que pour approfondir la théologie du marriage, la pastorale de l'accompagnement, le droit procédural ecclésial et la spiritualité. J'en ai tellement à apprendre.

Oui, je me sens débordé... et petit. Qui suis-je pour parler au nom des évêques du Canada dans cette auguste assemblée, alors que nous avons eu si peu de temps pour nous écouter les uns les autres sur ces sujets si importants? Mon expérience est si limitée, mon point de vue si partiel...

Mais voilà, il faut bien que quelqu'un y soit, que quelqu'un prenne la parole et engage le dialogue. Et, comme pour Matthias, le sort est tombé sur moi. Je dois donc me mettre sérieusement à la recherche de la volonté de Dieu sur moi, dans la prière, l'humilité et l'écoute. Et pour cela, je compte sur vous, amis lecteurs et lectrices: accompagnez-moi, accompagnez-nous tous, par votre prière quotidiennes au fil des deux prochaines semaines. Prions les uns pour les autres afin que tout le Peuple de Dieu puisse saisir ce moment pour réfléchir à nos familles, aux familles qui nous entourent, aux familles de la terre: puissions-nous relever ensemble les défis qui sont nôtres aujourd'hui 'dans le contexte de l'évangélisation'.

samedi 15 mars 2014

Les deux mouvements de la vie chrétienne

Lire Timothée 1 : 8-10


« Car Dieu nous a sauvés, et il nous a donné une vocation sainte. » Ainsi Saint Paul résume-t-il la vie chrétienne.

D’abord, nous sommes sauvés. C’est-à-dire que nous découvrons l’amour que Dieu a pour nous. Voilà une découverte qui nous libère de la peur, de tous ces besoins qui nous poussent au mal. La vie se présente alors non pas comme une épreuve à réussir mais comme un cadeau à ouvrir.

Ensuite, nous sommes envoyés. C’est-à-dire que nous découvrons la mission que Dieu a pour nous, la collaboration qu’il nous offre dans la réalisation de son plan d’amour. Ce n’est pas assez que nous soyons les sujets passifs de son amour, Dieu veut que nous devenions des joueurs actifs, engagés avec lui dans la venue de son Royaume de justice, de paix et de joie.

Notons bien : la vocation jaillit du salut, et non vice versa. Ce n’est pas parce que nous nous engageons à la suite du Christ que nous sommes sauvés : c’est parce que nous sommes sauvés que nous nous engageons à sa suite. Par exemple, je ne vais pas à la messe le dimanche « afin que » Dieu m’aime ; plutôt, je vais à la messe le dimanche « parce que » Dieu m’aime. Toute la beauté de la vie chrétienne se trouve dans ce petit revirement de perspective. Tout son défi également.

Dans les Églises catholiques, orthodoxes et anglicanes on retrouve trois sacrements d’initiation : le baptême, la confirmation et l’eucharistie.

Le baptême, c’est le sacrement du salut. C’est le rituel sacré par lequel nous sommes plongés dans la mort avec le Christ afin de vivre avec lui pour l’éternité. Nous devenons frères et sœurs de Jésus, enfants d’un même Père. Nos cœurs sont ouverts à son amour.

La confirmation, c’est le sacrement de la vocation. C’est le rituel sacré par lequel nous sommes oints de l’Esprit, envoyés avec le Christ porter au monde la Bonne Nouvelle par nous faisons, par ce que nous disons, par ce que nous sommes.

L’Eucharistie reprend ces deux mouvements en nous rassemblant pour goûter à l’amour de Dieu et en nous envoyant porter cet amour au monde. C’est pourquoi nous disons de ce sacrement qu’il est la source et le sommet de la vie et de la mission de l’Église.


Pour rester vivant, il faut respirer. Pour respirer, il faut faire entrer l’air dans nos poumons et ensuite le renvoyer dans l’espace. Les deux mouvements sont essentiels. Ainsi en est-il de la vie chrétienne : il faut accueillir en nos cœurs l’amour de Dieu et ensuite le renvoyer dans le monde. À tous les sept jours, la messe du dimanche nous donne l’occasion de respirer profondément, de redécouvrir que « Dieu nous a sauvés » et qu’il « nous a donné une vocation sainte. »

samedi 8 mars 2014

Un combat cosmique

Lire Romains 5, 12-19


Ce premier dimanche du carême nous présente un des textes les plus denses de saint Paul. Dans ce passage de la lettre au Romains, il nous dresse un tableau du conflit cosmique entre le bien et le mal, Jésus représentant les forces du bien et Adam, celles du mal.

Ça me fait penser à la série de films La guerre des étoiles où l’on représente l’univers soutenu par une « force » qui possède un aspect lumineux et un aspect ténébreux. Le protagoniste du film, Luke Skywalker, doit éviter de se laisser séduire par l’aspect ténébreux comme l’a été son père, Darth Vader. Il doit choisir entre ces deux aspects de la force universelle.

On pourrait comparer cette image d’une « force » dans La guerre des étoiles à la compréhension chrétienne de Dieu. Car, tout comme la « force » dans le film, le Dieu de Jésus-Christ soutient l’univers entier. Le cosmos jaillit de la toute-puissance de Dieu. Mais il y a deux différences fondamentales entre la « force » de ces films fictifs et la réalité de Dieu. D’abord, Dieu n’est pas une « force » impersonnelle, mais une puissance amoureuse, une présence compatissante. Et – ce qui est tout aussi important – il n’y a aucun aspect ténébreux dans le Dieu qui soutient l’univers. Pour Paul, Dieu n’est que lumière, compassion et amour. C’est en se détournant de Dieu et en se coupant de cette puissance amoureuse que l’on plonge dans les ténèbres et dans la mort.

C’est ce qu’a fait Adam dans l’histoire qui ouvre la Bible. En se détournant de Dieu, il s’est plongé dans les ténèbres avec toute sa descendance. Car il a inauguré un cycle de violence qui, depuis ce temps, caractérise l’histoire humaine, histoire dans laquelle nous sommes tous engagés dès notre naissance. Son refus de Dieu englobe et représente tous les refus qui suivront, les nôtres inclus.

Mais face à ces refus se dressent l’amour et la miséricorde inépuisables de Celui qui tient l’univers dans ces mains. Dieu envoie son Fils mettre fin au cycle de violence inauguré par Adam. Et cette violence, ce mal qui tisse sa toile sombre dans l’histoire humaine ne peut tenir dans la présence lumineuse du Christ. Comme le dit saint Paul, « le don gratuit de Dieu et la faute n’ont pas la même mesure. » En effet, le don de Dieu dépasse la faute, la pardonne, l’efface, lui enlève tout son pouvoir néfaste.


Il s’agit pour nous de choisir avec qui nous nous tiendrons : avec Adam, notre grand-père fier, rebelle et pécheur, ou avec Jésus, notre grand frère obéissant, fidèle et plein d’amour. À la différence de Luke Skywalker, nous ne sommes pas abandonnés à nous-mêmes dans ce choix. Dieu lui-même vient à notre secours : il nous donne son Esprit, sa puissance qui nous permet enfin de choisir la vie. Ouvrons donc notre cœur durant ce carême, accueillons l’Esprit de Dieu, choisissons la vie avec Jésus. Voilà ma prière pour nous tous en ce début de carême.

vendredi 20 décembre 2013

Saint Paul arrive en ville


Il y avait une fois un homme qui s’était fait toute une réputation comme gérant d’équipes de hockey un peu partout dans le pays. Les connaisseurs parlaient de lui comme un des meilleurs de l’époque. On admirait sa compréhension du jeu, sa façon d’expliquer, d’encourager, de former les joueurs. Il avait du courage, de la persévérance, et une ardeur qui se communiquait comme par osmose. Et voilà que la grande équipe de la métropole l’invitait à venir faire un stage avec elle, à venir partager ses convictions et sa sagesse. Il était un peu nerveux. Il a pensé leur envoyer une lettre d’introduction où il s’efforcerait d’expliquer sa vision fondamentale, sa passion, sa « mission », comme il l’appelait.

C’est ainsi que saint Paul s’est assis un jour pour écrire une lettre à la communauté chrétienne de Rome, plus grande ville du monde à l'époque. C'était la première fois qu'il s'y rendait. Cette Église avait été fondée par d’autres missionnaires et avait déjà une certaine histoire, une tradition. De plus, saint Pierre en était devenu le chef, lui avec qui Paul avait des gros mots à un moment donné. Mais Paul, fort de sa réputation d’évangélisateur de la Grèce et de l’Asie Mineure (la Turquie d’aujourd’hui), était décidé à se rendre à Rome, car de là il espérait s’embarquer pour l’Espagne. Il doit avoir été tout de même un tout petit peu nerveux.

Le texte de ce dimanche comprend les premières phrases de cette lettre où Paul cherche à se présenter tout en expliquant l’essentiel de la foi qui l’anime. Il commence par expliquer d’où lui vient sa mission : c’est Dieu qui l’appelé à être Apôtre, « serviteur de Jésus Christ » pour « annoncer la Bonne Nouvelle », l’Évangile.

Et sans prendre le temps de respirer, il explique immédiatement le cœur de cet Évangile qui concerne Jésus, né « selon la chair » de la race juive, ressuscité « selon l’Esprit qui sanctifie » dans sa puissance de Fils de Dieu afin d’être notre Seigneur.

C’est ainsi qu’en une seule phrase, Paul résume l’Évangile. Tout le reste de la lettre aux Romains cherchera à déployer le sens de ce résumé, qu’on appelle aussi le « kérygme ». 

Pour conclure son introduction, Paul rappelle la raison de sa visite : célébrer la foi commune qu'il partage avec la communauté de Rome. Il finit donc avec un beau souhait en attendant la rencontre qui ne saurait tarder: que la communauté vive dans la paix et la grâce de Jésus.



Comment la communauté romaine a-t-elle accueilli Paul? La tradition veut que Pierre et Paul se soient réconciliés. Les deux seraient morts dans la grande ville, martyrisés sous l'empereur romain. Mais la petite communauté chrétienne établie dans la capitale du monde était solide. Elle deviendrait l'Église qui « préside dans la charité » à toutes les Églises du monde. Et son chef, aujourd'hui, est notre Pape.


Serait-ce là un des fruits du « coaching » du grand saint Paul? Peut-être gagnerions-nous tous à nous mettre à son école...

samedi 14 décembre 2013

La patience tout de suite! - Troisième dimanche de l'Avent, année C


« Ah, que les lignées aux caisses sont lentes. J’ai des desserts à préparer à la maison pour le temps des fêtes. Et les cartes de souhaits qui attendent à être envoyées. Et les enfants qui n’en finissent plus de me demander combien de dodos avant Noël. Seigneur, donne-moi de la patience... et donne-la-moi tout de suite! »

Chère patience, qui se laisse désirer. Patienter c’est se laisser apprivoiser par le temps. Car le temps a son rythme qu’il faut respecter, voire épouser. On aimerait pouvoir contrôler le temps, l’organiser. Tout le monde a des agendas aujourd’hui, même les enfants. En plus, il faut profiter du temps qui passe, ne pas en gaspiller un moment. Pourtant, il semble qu’on n’en a jamais assez… sauf lorsqu’il y en a trop. Alors, le temps traîne, c’est bête, c’est ennuyant : si les vacances peuvent bien arriver; si Noël était là.

Comme il est difficile d’attendre patiemment l’arrivée d’une joie ardemment désirée. Il est pourtant encore plus difficile d’attendre avec patience la fin d’une épreuve. Une maladie passagère, une série d’examens, une partie de hockey désastreuse, un repas avec quelqu’un qu’on endure difficilement, ah! si ça peut donc finir. Cette patience-là, elle est encore plus exigeante, plus fragile. Si l’épreuve dure trop longtemps, on risque de perdre la tête, de craquer.

Et que dire de ces épreuves qui n’ont pas de fin : la maladie chronique, un handicap irréversible, la fin d’une relation, la mort d’un être cher. On n’en sort pas, de ces épreuves. Est-il encore possible d’être patient au cœur de ces difficultés?

Oui, mais à deux conditions. D’abord, il faut croire que cette épreuve, même si elle semble sans fin, n’aura pas le dernier mot. Le chrétien, la chrétienne sont habités par cette sorte d’espérance qui croit que l’amour vaincra en fin de compte, que la vie triomphera éventuellement de la mort. Peut-être cela ne se réalisera-t-il pas demain ni le jour après… mais un jour, lorsque le Christ aura tout rassemblé en lui, nous verrons la victoire de l’amour, la victoire de la vie.

Mais — et voilà la deuxième condition — cette espérance doit rejaillir sur l’aujourd’hui de notre épreuve ou de notre souffrance en lui donnant un sens. Peut-être ce sens est-il mystérieux, peut-être n’arrivons-nous pas à le nommer, mais nous y croyons. Nous nous unissons à Jésus sur la croix, nous communions à sa souffrance, afin que la nôtre se trouve amplifiée, élargie, prise dans une histoire qui mène à la résurrection.

Voilà la patience à laquelle saint Jacques nous invite. « Ayez de la patience. Voyez le cultivateur : il sait attendre les produits précieux de la terre avec patience. Prenez pour modèles de patience les prophètes » qui ont enduré l’épreuve et le martyre.


Mettons-nous donc à l’école du temps, et apprenons la patience lentement, doucement, dans les longues files aux caisses des magasins, dans l’envoi des innombrables cartes de souhaits, dans la préparation sans fin des repas de fête… même dans le décompte des dodos des enfants. Car cette patience quotidienne nous apprendra à attendre patiemment le Jour qui n’aura pas de fin.

lundi 9 décembre 2013

À la vie comme à la mort

Lire Romains 15, 4-9


Dans son récit bien connu, Le cantique de Noël, Charles Dickens décrit ce temps festif ainsi : « C’est un bon temps, un temps de tendresse, de pardon, de charité : le seul temps que je connaisse dans le long calendrier de l’année où les hommes et les femmes semblent consentir unanimement à ouvrir librement leurs cœurs renfermés, à penser aux personnes qu’elles rencontrent comme si elles étaient vraiment des covoyageurs vers la tombe, et non seulement comme une autre race de créatures engagées sur de quelconques chemins. »

Découvrir les autres comme des « co-voyageurs vers la tombe, » c’est découvrir les autres comme des sœurs et des frères qui doivent confronter les mêmes questions profondes, les mêmes épreuves difficiles que nous. C’est découvrir que nous sommes solidaires les uns des autres par notre travail et notre peine, par notre joie et notre espoir. C’est découvrir que chacun, chacune est appelée à reconnaître sa propre mortalité et la possibilité d’une vie au-delà de la mort.

Saint Paul nous invite également à reconnaître cette solidarité qui nous unit face à la mort. Mais il va plus loin. Puisque chrétiens et chrétiennes ont fait l’expérience de l’amour de Dieu en Jésus, de sa fidélité et de sa miséricorde, ils ne sont pas seulement solidaires face à la mort : ils sont solidaires face à la vie.

N’est-ce pas là le secret profond de la générosité qui déborde à Noël? La possibilité que cet enfant, né dans une crèche, porte en lui notre destinée profonde; la possibilité qu’il vient révéler dans ce don de lui-même le rôle indispensable de l’amour véritable dans l’épanouissement humain; la possibilité qu’il nous indique une autre façon de vivre, dans la justice, la paix et la joie? Tout cela fait naître en nos cœurs un élan nouveau vers les autres, un désir nouveau de paix et d’entente, un engagement nouveau à bâtir ce monde meilleur.

Paul le dit dans son langage : « Que Dieu vous donne d’être d’accord entre vous… D’un seul cœur, d’une même voix, vous rendrez gloire à Dieu… Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis… »


La contemplation de l’Amour enfoui dans un peu de paille nous invite à l’amour de nos sœurs et frères. L’expérience de la miséricorde divine nous invite à faire miséricorde à nos proches et à nos ennemis. Sentir que l’enfant Jésus nous ouvre les bras nous invite à ouvrir nos bras à l’humanité tout entière. N’est-ce pas là le sens profond de Noël?